Voyager à cheval, la liberté de la vie nomade

Le voyage à cheval est un véritable art de vivre.

Retrouver l’essence de la vie nomade est sans doute l’une des raisons qui nous donnent envie de voyager à cheval sur une partie de notre itinéraire. Etrange expérience que de voyager pour la première fois sur le dos d’un cheval. D’un seul coup, on se redresse, on prend de la hauteur. Le rythme du pas est comme une valse à 4 temps. L’horizon oscille. La perception du paysage change. Qui n’a pas en tête cette image mythique du cavalier solitaire, libre comme l’air, chevauchant dans les grands espaces sauvages? Le cheval symbolise souvent la liberté, pourtant, voyager à cheval ne s’improvise pas et demande une certaine ascèse.

« Le cheval n’est pas un animal. C’est un monde. » Laurence Bourgault

A l’école du cheval

Mieux vaut bien connaître le cheval avant d’envisager de prendre la route. En effet, le cheval est un être d’une grande sensibilité. Il faut souvent quelques temps pour apprendre à le connaître. Devant un danger, son instinct lui dicte la fuite et la peur peut le rendre incontrôlable. Il aspire à une vie paisible et passe près de 16h par jour à brouter. Il a besoin de vivre en groupe avec ses congénères et la solitude est pour lui synonyme d’ennui voire d’angoisse. On apprend aussi en le côtoyant qu’il peut galoper vite, très vite, qu’un arbre peut être un obstacle dangereux, que les voitures, quand elles ne ralentissent pas, deviennent vos pires ennemis.

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Auprès des chevaux, on se découvre soi-même. On réapprend d’abord à avoir peur. Puis, on essaie de maîtriser cette émotion. Accepter la peur, c’est refuser qu’elle soit une entrave à la liberté d’entreprendre. Cela sert aussi dans la vie de tous les jours. Donner sa confiance à son cheval et recevoir la sienne en retour est la condition indispensable pour vivre une belle aventure avec son compagnon.

Devenir homme de cheval

D’excellents manuels, comme le très complet « Techniques du voyage à cheval » d’Emile Brager, vous fourniront toutes les bases théoriques nécessaires pour construire un projet de voyage à cheval. Cependant, c’est l’expérience qui fera de vous un véritable homme de cheval. Le voyageur à cheval n’est pas un cavalier de rando. Il ne suit pas toujours un sentier bien balisé praticable par des équidés, il ne peut pas se reposer sur le groupe ou sur le guide qui l’encadre, il ne chemine pas vers un lieu d’hébergement rassurant où un bon repas l’attend. Le voyageur à cheval ressemble plus à un aventurier. Il aime l’autonomie et préfère la solitude au grand rassemblement. Il a la capacité de s’en remettre parfois à l’inconnu et supporte une certaine prise de risques. Il n’est pas attaché au confort et sait se contenter de peu. Il préfère marcher au pas, le galop reste une allure rare.

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Le cavalier voyageur ne ménage pas ses efforts. Oubliez vos préjugés sur l’équitation: monter à cheval 7 heures par jour, c’est très physique. D’ailleurs, si l’on est bien un homme de cheval, on démarre et on finit chaque journée par une petite heure de marche à pied pour échauffer ou détendre les muscles de sa monture et les siens. Pendant l’étape, on ne manque pas de mettre pied à terre régulièrement pour ménager le dos de son cheval. Ainsi, on est bien plus souvent marcheur à 6 pieds que cowboy vissé sur sa selle. Dans les montées, on laisse le cheval en liberté pour qu’il puisse choisir son rythme et on le remercie d’accepter qu’on s’accroche de temps à autre à sa queue pour s’aider un peu. Le col atteint, on doit parfois reprendre son souffle, pendant qu’indifférent, le cheval en profite pour brouter à sa guise. Dans les descentes, la confiance en son cheval prend tout son sens car en cas de glissade, c’est 600 kg qui vous tombe d’un seul coup dans les bras. Mieux vaut avoir appris ensemble les bases du respect.

La magie du voyage à cheval

Les liens qui se tissent entre l’homme et l’animal sont intenses. Le cheval ne peut pas se ranger comme un vélo, on doit veiller sur lui à chaque instant. Le voyageur à cheval a toujours en lui le souci du bien-être de son compagnon. Son obsession devient la quête quotidienne du pâturage nourricier et de l’eau fraîche. Chaque bivouac est choisi selon la qualité de l’herbe, comme un paysan choisirait le meilleur pré pour ses vaches. Les journées sont rythmées par une succession de gestes ancestraux: se lever, héler les bêtes, panser, vérifier la ferrure, seller, ajuster les sanglages, chevaucher, s’arrêter pour profiter d’une herbe bien verte ou de quelques chardons, se réchauffer les mains dans la tiédeur de l’encolure, boire, desseller, écouter les chevaux qui broutent, masser les muscles encore chauds, gratter les fesses rebondies, allumer un feu. Avoir chaque jour pour compagnon, son cheval et l’horizon.

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Le lien permanent au cheval entraîne des changements. On devient plus humble, moins bavard. On se surprend à faire confiance à son instinct. On retrouve un côté plus sauvage. On ressent les éléments, on frémit aux bruits. On finit par ressembler à son cheval en somme. Lui, il change aussi au cours du voyage: il ne s’inquiète plus, il ne cherche plus à fuir. A l’heure de la sieste, il aime s’assoupir auprès de son cavalier, lèvres inférieure pendante, l’oeil confiant. Il apprécie les séances de grattage mutuel et comprend qu’il faut y aller avec le bout des lèvres avec son nouveau congénère de nature plus fragile. L’homme et le cheval développent une complicité physique et spirituelle. En équitation, on parle de « couple » pour désigner le cheval et son cavalier. On peut aussi faire « corps avec son cheval ».

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 » Un jour que je tendais l’oreille, un cheval m’a chuchoté : « A ceux qui me dominent, j’offre ma force et ma rapidité, mais à ceux qui m’apprivoisent j’ouvre les portes de ma propre magie. Car je suis plus qu’un moyen, je suis l’initiateur. » Alors, un peu surpris, je suis parti avec lui. D’abord à l’aventure pour aller jusqu’où le ciel et la terre se confondent. Ensuite à sa recherche. Et là, stupéfaction, il m’a emmené sur les chemins de ma propre conscience. Comme s’il voulait m’ouvrir les yeux sur moi-même après me les avoir ouverts sur le monde.  »
Stéphane Bigo

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