Véronique et Denis, les saints patrons des voyageurs

Pour notre première étape, nous avions prévu de nous arrêter pour la soirée chez un couple d’éleveurs à Saint Christophe (16) à une dizaine de kilomètre de chez nous. Nous sommes arrivés vers 18h30 au Grand Mesurat.

Denis Dessalas, éleveur sélectionneur de bovins de race Limousine nous accueille. C’est un sacré bonhomme, Denis. Dans sa poignée de main, on sent tout le terroir de la Charente Limousine. Ses mains rugueuses portent l’empreinte des années de labeur. Il arbore une chemise à carreaux et nous observe souriant tout en se préparant une cigarette. Denis, il est du genre « droit dans ses bottes », son regard inspire la franchise. Avec sa façon si particulière de rouler les « r », il nous pose des questions sur le chargement des chevaux, et s’étonne de la petit taille des bagages. Puis, il prend le temps de choisir avec nous l’endroit le plus approprié pour parquer Sultan et Rahan, soucieux, comme il peut l’être avec ses bêtes, du bien-être de nos compagnons. Nous lui demandons où nous pouvons planter notre tente. « Venez à la maison » nous répond-t-il, « Il y a assez de chambres. On est que tous les deux avec Véronique. » Bon, le bivouac ce sera pour une autre fois. On aura bien le temps de jouer aux aventuriers pendant notre périple. Ce soir, on est invité chez les Dessalas et ça, ça ne se refuse pas!

Véronique, la femme de Denis, arrive justement, alors que nous installons les chevaux dans leur pâture. C’est un petit bout de femme, joyeuse et énergique. Elle nous embrasse avec spontanéité en nous souhaitant la bienvenue. Ganja, l’épagneul breton de la famille, n’est jamais bien loin de ses maîtres. Elle saute comme cabri et semble particulièrement excitée de l’arrivée des chevaux. Véronique nous explique qu’elle a peur des coups de fusil. Apparemment, elle chasse plus les coussins du canapé que le gibier.

La soirée est bien animée. Nous échangeons beaucoup sur le thème du voyage, bien-sûr : le notre, ceux de leur fils, Pierre-Henri, les leurs. En effet, Véronique et Denis ont aussi voyagé, et parfois, indirectement, par le biais de leurs animaux partis aux quatre coins du monde pour représenter fièrement les bannières de la race Limousine. « Nous avons vendu des bovins pratiquement sur tous les continents » nous expliquent-ils. Les vaches et les taureaux qui naissent sur l’élevage sont comme les enfants de la famille. D’ailleurs Pierre-Henri, le fils, quand il téléphone à ses parents pour prendre des nouvelles, demande toujours « Alors comment vont mes soeurs? » en parlant des vaches de l’élevage. Chaque animal est baptisé dès sa naissance avec un nom qui n’est jamais choisi au hasard. Il y a des familles: des lignées, qui de mères en filles portent par exemple un nom se finissant en « -ie », ou bien encore des lignées portant un nom de titre de noblesse: « Duchesse, Baronne, Sultane, Jarl, etc… ». « C’est pratique » nous explique Denis, « car avec ce système, je me rappelle toujours qui est la mère ou la grand-mère. J’ai en tête toute la généalogie ». Les mâles, eux, ont droit à des noms parfois prestigieux : Baron, Héraclès, ou bien Galant, qui fût le premier taureau vendu par Véronique et Denis dans les années 90. « Il y a des animaux qui nous ont particulièrement marqués. Comme Ulla, par exemple. » se souvient Denis. « C’était une vache exceptionnelle. Elle était vraiment belle et d’un caractère docile. Presque la moitié du troupeau actuel descend de sa génétique d’exception ». D’ailleurs, dans la salle à manger familial trône une peinture à l’huile qui immortalise la fière Ulla avec son veau. Denis est passionné par le dressage des animaux. Il a un feeling particulier avec ses bovins. Il sait communiquer avec eux. Véronique, elle aussi, participe à l’éducation en ajoutant sa touche personnelle. Cette approche respectueuse du comportement naturel des bovins nous intéresse beaucoup et la soirée est l’occasion de nombreuses questions sur la conduite d’élevage en plein air et la relation aux bêtes.

Denis Dessalas avec Etourdie leur vache.

Il faut dire que l’histoire de la ferme familiale ne date pas d’hier. Il y en a des anecdotes à raconter. Le Grand Mesurat et le Marousse de Saint-Christophe sont depuis le 16 ième siècle la propriété de la famille Dessalas. Hasard ou destin, il n’y aurait eu que des fils uniques dans la famille pendant des décennies. La génération de Denis est l’exception qui confirme la règle car ils étaient 7 frères et soeurs. Denis, petit dernier, a quitté l’école à 17 ans pour commencer à travailler avec son père. Il a fait ses premières armes dans les foires locales et s’est exercé au commerce en vendant lui-même les bêtes de l’élevage familial. Avec son frère, il s’installe en GAEC en 1986 et élève d’abord moutons et vaches. Ils deviennent ensuite rapidement sélectionneurs dans les années 90 après avoir racheté une partie d’un troupeau de vaches inscrites. Véronique est aussi une charentaise « pure souche ». Son père était agent EDF. « C’est pour ça », plaisante Denis « que les beaux-parents laissaient les fenêtres ouvertes l’hiver quand il faisait trop chaud alors que le chauffage fonctionnait à plein régime ». Il aura fallu qu’elle soit drôlement amoureuse pour qu’elle quitte sa demeure douillette pour s’installer avec Denis et braver les hivers rigoureux dans la maison rustique (à l’époque) du Grand Mesurat. Véronique est devenue électrotechnicienne. Mais, à quarante ans, elle a décidé de reprendre les études et a obtenu brillamment une licence en ressources humaines. Elle a toujours eu une activité professionnelle extérieure tout en continuant de s’investir sur l’élevage.

Enfin, Pierre-Henri, le fiston… « C’est l’avenir! » s’exclament ensemble, Véronique et Denis. On sent qu’ils sont fiers. Fiers de ce fils qui a su s’éloigner de la ferme, qui n’a pas pris le chemin le plus facile. « Il aurait pu aller au Lycée agricole des Vaseix comme tous ses copains. Au lieu de ça, il est monté au Paris pour faire Sup’ de Co » explique Véro. Il a ensuite pas mal baroudé pour ses premiers boulots dans le négoce de viande : Mongolie, Chine, Argentine… Ses parents l’ont toujours encouragé à aller découvrir le monde, l’élevage sont père saura lui apprendre. Maintenant, fort de ses expériences à l’étranger, il souhaite revenir travailler sur l’élevage familial et reprendre la suite de la grande lignée des Dessalas. « C’est un nouveau défi, pour lui, pour nous » nous confie Denis. Gageons que ce beau projet familial se réalise prochainement. En tout cas, Véronique et Denis nous ont offert un moment riche en échange. Nous les remercions de tout coeur pour leur hospitalité et nous leur souhaitons bon vent pour la suite.

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