Du 8 au 15 septembre : De Paihia à Whangarei 165 km

De belles rencontres au fil du chemin

Nous quittons la magnifique Bay of Islands en début de semaine. L’étape commence par longer la baie puis nous suivons de petites routes tortueuses depuis lesquelles nous avons de très belles vues sur les prairies et sur la côte. Il y a toujours un peu de reliefs ce qui donne beaucoup de cachet au paysage. Nous rejoignons assez rapidement la prochaine session de « tramping » dans la forêt de Russell. Nous retrouvons avec un peu de méfiance, étant donné nos expériences précédentes, un sentier bien sauvage qui traverse une jungle dense avec comme d’habitude de jolis dénivelés en perspective. Il faut s’habituer car c’est vraiment l’environnement typique du bush  de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Etonnamment, nous progressons plutôt aisément. Il n’y a pas trop d’obstacles (pas trop de troncs en travers et de la boue, disons, en quantité modérée).

Un instant pour le plaisir des yeux

Un instant pour le plaisir des yeux

Mais au bout de quelques kilomètres, nous atteignons la rivière Papakauri. Nous devons la traverser une première fois d’abord. Le cérémonial de la traversée de rivières prend parfois du temps. Nous avons trois options: d’abord, si la rivière a peu de fond ou bien si des rochers permettent de la traverser sans se mouiller les pieds, on y va directement. Deuxième possibilité, le niveau est plus haut que la cheville mais le fond semble bon (sable, galets), alors on traverse pieds nus et on se rechausse après. Enfin, si la rivière est profonde, avec du courant et un fond instable, on troque les chaussures montantes de randonnée contre des chaussures très légères type Barefoot. Pour la rivière Papakauri, nous choisissons la 3ème option. Mauvaise surprise, peu de temps après, le sentier n’est plus tracé le long des berges et tout laisse à penser que nous devons emprunter le lit de la rivière. Il faut à nouveau changer de chaussures. Le cours d’eau n’est pas très profond, l’eau nous arrive juste en-dessous des genoux. Le courant est modéré. Pourtant la progression est laborieuse. Le fond est instable : parfois des rochers qui glissent, d’autre fois des petits cailloux ou encore du sable qui rentre dans les chaussures. L’eau est très froide. Au bout d’une heure de marche dans la rivière, nous ne sentons quasiment plus nos pieds. Il faut sans cesse trouver le bon tracé car à certains endroits, il y a de la profondeur, parfois plus d’1 m; alors il faut longer le bord en s’agrippant à la végétation ou en marchant en équilibre sur un des troncs d’arbre mort qui jonche le fond. Le sentier chemine dans le lit de cette rivière pendant 4 km… 4 km que nous mettrons 3h à parcourir! Nous n’avions pas anticiper ce passage difficile si bien que nous sommes encore dans la forêt alors que la nuit commence à tomber. Heureusement, une aire herbeuse avec un petit abri en bois du DOC (Department of Conservation, l’équivalent de notre ONF) tombe à point nommé. Nous montons le bivouac à la frontale. J’ai les pieds gelés. Il me faudra mettre toutes les couches de vêtements dont je dispose et mon duvet en plus pour réussir à me réchauffer.

Voyage en marche trouve son chemin

Voyage en marche trouve son chemin

Le lendemain matin, nous devons remettre nos chaussures trempées pour traverser encore une fois la rivière… Dur dur pour démarrer la journée! Nous sortons rapidement de la forêt et nous commençons à marcher le long d’une petite route de campagne. Nous croisons une voiture, un homme âgé, au volant, souriant, nous salue. Nous remarquons son petit chien, un Shi-Tsu qui se tient fièrement à l’avant sur le siège passager, la tête à la fenêtre, les oreilles dans le vent. Quelques minutes plus tard, la même voiture nous croise à nouveau dans l’autre sens. L’homme a fait demi-tour. Il nous interpelle « Venez à la maison, c’est la prochaine à droite! Je vous invite à prendre un café! » Nous acquiesçons, un peu surpris. Un café? C’est exactement ce dont on rêvait. Notre bon samaritain nous attend sur la terrasse de sa petite maison en bois, une toute petite bâtisse sans prétention.

Le Kiwi est protégé à chaque instant

Le Kiwi est protégé à chaque instant

Les présentations sont faites : l’homme s’appelle Bob, c’est un maori. Son compagnon à quatre pattes se nomme Georges. Bob nous fait asseoir et part préparer le café. Il revient avec des cookies en plus, et insiste pour nous préparer des oeufs avec du bacon. Nous n’en revenons pas de tant de générosité. Nous lui demandons pourquoi il fait tout cela pour nous. Il nous raconte son histoire. Il a longtemps travaillé en Australie dans le bâtiment, les affaires allaient bon train. Il faisait de nombreux aller-retours entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Malheureusement, il est tombé malade, une leucémie. Il a enchaîné les transfusions et les séjours à l’hôpital et en maison de repos. Après un énième traitement et une rémission apparemment provisoire, il a décidé de revenir dans la maison de son grand-père, cette petite bicoque en bois à l’orée de la forêt. Sa femme est restée en Australie. Il voit peu ses deux fils. En fait, il vit seul avec Georges, son chien et son ami comme il aime à le dire. Son plus grand bonheur depuis qu’il vit ici, c’est d’accueillir les randonneurs qui passent devant chez lui. De plus en plus nombreux chaque année à mesure que le sentier du Te Araroa se fait connaître dans le monde entier. Il a déjà rencontré des dizaines et des dizaines de voyageurs, et ce sont autant d’histoires qu’il prend plaisir à nous conter. Comme ce jour de Noël, où il a offert un festin à deux australiens en vadrouille. Ou bien cette jeune femme qui marchait seule et s’est arrêtée plusieurs jours chez lui. Bob est tellement amical. Il a une incroyable  joie de vivre. « A quoi cela sert-il de se lamenter sur son sort? » nous confie-t-il « Chacun doit vivre sa vie. Personne ne sait quand il va mourir. On peut bien se faire écraser en traversant la route. Je suis malade, peut-être, mais je dois vivre pleinement le temps qu’il me reste. Et chacun doit faire de même ». Sagesse maorie. Cette pause nous met du baume au coeur après une dernière étape un peu difficile. Notre hôte nous salue comme des amis et nous souhaite bonne chance pour la suite du voyage. Nous repartons avec le sourire. L’hospitalité nourrit le corps et le coeur.

Sur les chemins de Voyage En Marche

Sur les chemins de Voyage En Marche

Après une journée de connexion pour atteindre Helena Bay, nous retrouvons à nouveau notre terrain de jeu favori : la forêt. Le sentier de Morepork est raide et nous entraîne dans une succession de montées et de descentes boueuses et glissantes à souhait, à travers la jungle. Nous prenons en pleine face une très grosse averse pendant cette étape matinale si bien qu’à midi, nous sommes complètement trempés. Nous passons près d’un petit village côtier, Whananaki. Nous savons qu’il y a un petit camping à proximité. Nous décidons d’écourter la journée de marche et de nous y arrêter. Excellent choix car il aurait été vraiment dommage de passer à côté d’un accueil aussi chaleureux. Stella et son mari, Matthew, les gérants, sont arrivés il y seulement quelques années d’Afrique du Sud. Ils ont repris ce petit camping familial et ont particulièrement à coeur l’accueil des randonneurs du Te Araroa. Nous avons donc droit à quelques privilèges. Pour le prix modique d’un emplacement de tente, Stella nous fournit un logement à l’abri et de grandes et moelleuses serviettes de toilettes qui sentent bon la lessive. Ca ne vous paraît pas grand chose à vous, mais quand on se sèche depuis trois semaines avec un petit carré de tissu étriqué en micro-fibre qui n’a jamais véritablement le temps de sécher et qui sent inévitablement le renfermé… voire pire, et bien, une belle serviette de toilette, c’est un luxe! Nous sommes ensuite conviés à nous installer dans une ancienne cabane de pêcheur, un endroit spécialement réservé aux trampers. A l’intérieur, il y a seulement la place pour deux petits lits superposés. C’est minuscule mais très cosy. Les murs sont noircis de l’écriture de tous les voyageurs qui sont passés par là. Stella n’a de cesse de nous féliciter pour le chemin que nous avons déjà parcouru. Elle nous invite à lire un article paru en début d’année dans le journal local. L’article raconte l’installation de Matthew et Stella à Whananaki et l’intérêt qu’il porte au Te Araroa. Nous découvrons aussi l’interview d’un randonneur israélien qui donne ses impressions sur le début de son voyage. Ancien soldat, il compare le trail à l’entrainement qu’il a suivi en Israel. Selon lui, la traversée des forêts d’Herekino et de Raetea est au moins du niveau d’un parcours commando. Tout s’explique…

Un pont pour relier les hommes, à pied bien-sûr!

Un pont pour relier les hommes, à pied bien-sûr!

La journée qui suit nous traversons l’estuaire de Whananaki en empruntant un joli petit pont piéton. Nous rejoignons ensuite la forêt de Matapouri par un sentier tranquille. Nous croisons sur notre route un Kauri (arbre géant) particulièrement impressionnant. Il est protégé par des barrières en bois et porte une petite plaque sur laquelle nous découvrons qu’il porte même un nom « Tane Moana », littéralement « l’homme de la mer ».

Les Kauri forcent le respect, ils ont le temps, 800ans.

Les Kauri forcent le respect, ils ont le temps, 800ans.

Une longue portion le long de la route, un peu ennuyeuse nous amène jusqu’au village de Ngunguru. Grâce à Stella, nous avons l’opportunité de camper dans le jardin d’autres bienfaiteurs qui font partie du réseau d’hospitalité du Te Araroa. Nous arrivons donc en fin d’après-midi chez Hilton et Melva. Ils tiennent en fait un bed and breakfast dans leur jolie et confortable maison située à la sortie du bourg au pied d’une réserve naturelle. Il s’est mis à pleuvoir des cordes. Hilton nous accueille sur sa terrasse et nous invite directement à rester dormir dans leur maison ce soir. Normalement, les randonneurs ont accès gracieusement à une petite aire de camping aménagée près de leur jardin potager mais comme le temps est mauvais et que c’est vendredi soir, ils ont décidé de nous inviter chez eux. Hilton et Melva sont très sympathiques et bienveillants. Ils nous félicitent chaleureusement de notre parcours et louent notre courage de démarrer le trail si tôt dans la saison, alors que la météo est encore très capricieuse. Ce sont eux aussi d’anciens baroudeurs car ils ont navigué des années durant sur à peu près toutes les mers du monde à bord de leur voilier. De nombreuses photos sont encadrées dans le salon et témoignent de cette partie importante de leur vie. Proches de la retraite, ils ont acheté cette maison à Ngunguru et Melva gère l’activité de chambre d’hôte pendant qu’Hilton travaille encore à l’extérieur pour le district de Whangarei. Ils sont passionnés par l’histoire du sentier du Te Araroa et comme Stella et son mari, ont beaucoup de plaisir à rencontrer les trampers. Nous partageons le dîner avec eux. Melva nous a préparé en dessert un succulent crumble à la rhubarbe. Hilton a débouché une bouteille de Sauvignon blanc de la région de Marlborough. Bref, nous sommes reçus comme des rois! Nous passons une soirée très agréable, les discussions allant bon train, notamment sur le voyage, la marche, mais aussi sur l’intérêt commun que nous portons à la qualité de notre alimentation et à l’agriculture biologique. Ils sont très enthousiastes de notre futur projet agricole en France.

Melva et Hilton nos très charmants hôtes d'un soir

Melva et Hilton nos très charmant hôtes d’un soir

Samedi, après une journée passée à suivre une route goudronnée sans beaucoup d’intérêt, nous demandons à quelqu’un s’il connaît un endroit où nous pourrions camper. Il nous indique une zone à 2-3 km environ. Nous partons dans cette direction. Trois minutes après, un 4X4 s’arrête à notre hauteur, c’est le gars qui nous venons de rencontrer. Il a réfléchi et nous propose de camper dans son jardin. Nous acceptons volontiers. Cerise sur le gâteau, le jardin est plein d’orangers et il nous invite à nous servir. Ce sont de loin les meilleures oranges que nous ayons jamais mangées. Un délice!

Du bleu, du bleu, que du bleu

Du bleu, du bleu, que du bleu

Pa-ra-di-sia-que

Pa-ra-di-sia-que

6 km de plage après la forêt ça change de décor.

6 km de plage après la forêt ça change de décor.

Dimanche, nous marchons sur une très belle plage, « Ocean Beach », longue de 10 km. Il y a beaucoup de vent mais le temps est clair. Le sentier monte ensuite sur une falaise escarpée par une série d’escaliers bien raides. Nous bivouaquons à Peach cove sur une aire du DOC. Le sentier suit ensuite la ligne de crête jusqu’à un point culminant le Mont Lion. Puis, il redescend par autant d’escaliers qu’à l’aller et de façon tout aussi abrupte vers la baie d’Urqhart. Normalement, à cet endroit nous sommes censés trouver un bateau pour traverser la baie et rejoindre la petite ville de Rukaka. Mais, ce matin, pas le moindre bateau en partance. Nous n’avons pas envie d’attendre toute la journée une opportunité qui peut-être ne se présentera pas. L’heure est venue de faire notre halte hebdomadaire, nous avons hâte de nous ravitailler et de laver nos affaires. Nous faisons donc du stop jusqu’à la ville la plus proche, Whangarei. En plein centre ville, un petit port de plaisance a été réhabilité dans l’esprit colonial. Le bassin est une escale habituelle des navigateurs qui font le tour du monde. Il y a des voiliers partout. Apparemment , ils viennent ici pour se mettre à l’abri des tempêtes cycloniques, fréquentes à cette période dans le pacifique.

Au fond le Mont lion dernière difficulté de la journée

Au fond le Mont lion dernière difficulté de la journée

Sur la plage pas de répit, il y a aussi des obstacles à enjamber!

Sur la plage pas de répit, il y a aussi des obstacles à enjamber!

Urqhart Bay

Urqhart Bay

Smugler Beach

Smugler Beach

Le port de plaisance de Whangarei

Le port de plaisance de Whangarei

Whangarei

Whangarei

Un peu de street art

Un peu de street art

 

En vidéo évidemment :

 

 

 

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Commentaires du site

  1. Philippe MATHIEU
    Répondre

    bonjour
    je suis un copain D’Yvon de Mauzé
    je vais suivre votre aventure de avec attention en effet Fils de Veto à Bressuire je suis cavalier et avec mon épouse en 1995 nous avons voyagé 7 mois et nous sommes resté 2 mois en NZ et j’ai eu la chance de monté à cheval dans la presqu’ile du Coramandel
    profitez en bien
    a bientot
    Philippe

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Bonjour Philippe,

      Oui les amis d’Yvon son nos amis…
      Je vois que nous avons des choses en commun.
      merci
      et à bientôt, chez Yvon ou sur le blog en attendant.
      Pedro et Sophie

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