Du 8 au 13 octobre : De Te Kuiti à Taumarunui 140 km

Nous avons démarré le Te Araroa il y a maintenant un mois et demi. Cette semaine, nous atteignons les 1000 km parcourus. 1000 km de forêts primitives, de plages désertes, de lacs, de rivières, de pâturage immenses, de collines… 1000 km à la force des mollets. 1000 km de joie intense et d’efforts, ponctués par de nombreuses rencontres. Des hommes et des femmes qui nous ont ouvert leur porte et leur coeur. De l’hospitalité et de la générosité au-de-là de tout ce que nous pouvions imaginer. Cela redonne foi en la bonté naturelle de l’être humain, mais en était-il besoin? Ce qui ne devait être qu’un simple voyage à pied et à cheval dans la nature est devenu au fil des jours un incroyable générateur d’énergie positive. Nous faisons de notre mieux mais nous ne pouvons pas toujours remercier directement nos hôtes à la mesure de ce qu’il nous ont offert. Nous souhaitons néanmoins transmettre cette énergie et perpétuer ainsi l’échange humain. Chaque semaine, nous nous efforçons de partager notre aventure en y mettant tout notre coeur pour vous faire voyager avec nous. Vous êtes maintenant plus de 500 à nous suivre sur les réseaux sociaux et sans-doute encore beaucoup plus nombreux à lire nos récits. Chaque jour, vos messages de soutien, vos réactions, vos pensées nous accompagnent. Recevoir, donner. Un fil invisible nous relie tous les uns aux autres. Et l’énergie passe.

Pause déjeuner.

Pause déjeuner.

Nous quittons la ville de Te Kuiti, connue pour son championnat international de tonte de moutons. En effet, la région du King Country que nous traversons compte de nombreux élevages ovins. D’ailleurs, comme chacun sait, la Nouvelle-Zélande c’est le pays du mouton. On en dénombre 48 millions aujourd’hui alors qu’il n’y a que 4 millions d’habitants. L’élevage se fait en plein-air. La taille des fermes est parfois démesurée avec plusieurs milliers de bêtes et d’hectares de prairies. Notre première journée de marche nous amène à emprunter un très joli sentier le long de la rivière Mangaokewa. Sur la berge opposée, se dresse une forêt. De notre côté, nous traversons des pâturages et croisons beaucoup de troupeaux. Les brebis et leurs agneaux semblent livrés à leur propre sort. Les espaces sont tellement immenses et le nombre d’animaux si important que la surveillance et les soins manquent. Malheureusement, les animaux en font les frais. L’homme utilise, l’homme prélève mais il ne doit pas oublier en échange de respecter chaque vie et d’assurer la protection de ses bêtes. Nous trouvons sur notre route un nombre anormal de cadavres en décomposition. Une scène nous attriste particulièrement : un jeune agneau d’environ trois semaines est auprès de sa mère, étendue morte. Il paraît attendre qu’elle se relève, n’ayant peut-être pas encore pris conscience de la situation. Un peu plus loin, nous apercevons un tout petit d’à peine quelques jours qui erre sur un îlot près de la rivière. Aucun troupeau à proximité, ni brebis à l’horizon. Nous ne pouvons pas nous résoudre à le laisser ainsi, le condamnant à une mort certaine. Pedro part à sa rescousse, traverse la rivière et revient avec la pauvre bête dans les bras. Il a peut-être une chance de s’en tirer. Il n’est pas en hypothermie et pas encore trop déshydraté. Nous décidons de le déposer dans le prochain parc où nous trouvons un troupeau. Certaines brebis adoptent parfois les orphelins, croisons les doigts pour lui.

Pedro et le petit agneau

Pedro et le petit agneau

Te Kuiti : Capitale de la tonte de moutons rend hommage a ses tondeurs.

Te Kuiti : Capitale de la tonte de moutons rend hommage a ses tondeurs.

L’étape suivante traverse la magnifique forêt de Pureora. Elle est assez différente de celles que nous avons déjà traversées dans le Northland. Elle se situe dans une zone montagneuse de moyenne altitude et n’a jamais été exploitées. Elle compte, de ce fait, beaucoup d’arbres géants, des colosses qui nous font sentir touts petits et qui n’ont de cesse de susciter notre émerveillement tout au long de ces trois jours de marche. Leurs troncs et leurs branches sont emmaillotés dans un épais manteau de mousse. Cette parure chevelue confère à la forêt une certaine forme d’animalité. Pureora vit et s’exprime bruyamment. De nombreux Keru, une espèce de pigeon, s’envolent dans un bruissement d’ailes sur notre passage. Le chant mélodieux des Tui accompagne notre marche, rythmant chaque pas, tel un mantra se répètant à l’infini. Les arbres, eux, craquent, crissent, toquent. La forêt déploie sous nos pas un tapis moelleux de feuilles mortes et de mousses. Elle est accueillante et semble bienveillante. Elle ne nous repousse pas comme la jungle dense de Raetea. Elle n’avale pas nos foulées comme la boueuse Herekino.

Jambe du colosse.

Jambe du colosse.

Des fauteuils pour "trampers", merci dame nature.

Des fauteuils pour « trampers », merci dame nature.

Les courbes de la forêt.

Les courbes de la forêt.

Notre progression est parfois lente. Le relief est très accidenté. Nous passons une succession de gorges. Le sentier fait les montagnes russes. Il descend de plusieurs centaines de mètres pour atteindre un ruisseau et puis remonte aussi sec pour rejoindre une crête. Des murs végétaux se dressent devant nous. Infranchissables de prime abord, ils dévoilent leurs failles quand on s’approche d’eux. Tel un grimpeur, il s’agit alors de lire la paroi naturelle et d’en percer le secret. Racines, branches, ornières, rocher, chaque élément peut constituer une bonne prise pour se hisser au sommet. Je prends particulièrement plaisir à cet exercice. Chercher sa voie, élaborer la stratégie de progression. Je ressens alors le plaisir fugace d’un mouvement bien réussi lorsque le geste se fait fluide et habile. Parfois, aussi, une pointe de contrariété monte en moi alors que la cale choisie est finalement instable et que le pied glisse inévitablement. Cela demande concentration et attention.

Sur les chemins de Pureroa forest

Sur les chemins de Pureroa forest

Nous apprécions nos premières nuitées dans les « hut », petit refuge mis à disposition des randonneurs par le Department of Conservation. La première qui se trouve sur notre parcours est Bog Inn Hut, une authentique cabane en bois qui nous propulse immédiatement dans l’univers de Jack London*. L’espace d’une soirée, nous voilà devenus des chercheurs d’or de la fin du 19 ième siècle, installés dans leur baraque au confins de l’Alaska. Le confort est sommaire: quatre couchettes, une table, un vieux poêle et un miroir poussiéreux. Mais l’idée d’être à l’abri, et de dîner au coin du feu suffit à nous réjouir. Il faut dire que les nuits sont particulièrement froides dans cette région en ce début de printemps. Nous repensons à Sylvain Tesson* qui passa plusieurs mois dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. Les deux autres refuges, Waihaha et Hauhungaroa Hut, n’ont pas le charme du premier mais offre des installations vraiment cosy. Nous passons des soirées agréables, éclairés à la bougie. Nous sommes seuls depuis 3 jours. Nous n’avons pas croisé âme qui vivent ni sur les sentiers ni dans les cabane

Bog Inn hut, notre première hut.

Bog Inn hut, notre première hut.

Premier feu dans Bog Inn Hut, quel plaisir!

Premier feu dans Bog Inn Hut, quel plaisir!

Le grand déballage, on profite d'un grand espace pour nous tout seul.

Le grand déballage, on profite d’un grand espace pour nous tout seul.

*Voici deux récits que vous prendrez plaisir à lire au coin de la cheminée un jour de grand froid:
Construire un feu de Jack London
Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

La quête de l'eau, nous en connaissons le prix.

La quête de l’eau, nous en connaissons le prix.

5 étoiles cette hut, non?

5 étoiles cette hut, non?

En son et en image, nos premières hut et le passage des 1000 km :

 

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Commentaires du site

  1. Clément Allain
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    Vous auriez dû le manger l’agneau, vous êtes tous maigres, surtout Pedro j’espère que t’avais pensé à prendre des bretelles. C’est incroyable ces petites huttes sur le sentier. Pour S. Tesson, je confirme : super bouquin.

    • Pedro et Sophie
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      Oui on maigri, perso pour Pedro (moi) ca ne fait pas de mal qq kilos en moins sur le ventre, mais je les retrouve sur le dos (sac)… Je porte ce que j’ai perdu…

  2. etienne et marie D S P
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    P A et SOPHIE la maison du berger vous programme au retour pour une soirée vidéo ! Trop belles vos images et sylvain Tesson pourrait aimer vos simples mais si parlantes émotions . merci! etienne et fanfan

    • Pedro et Sophie
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      Ok on a déjà 2 demandes de film, débat sur le voyage au long cours. Pourquoi pas à la maison du Berger, il paraît que le son y est parfait. On en profitera pour déguster du Baronet, élevé par des éleveurs passionnés, qui ont pris en main leur mise en marché, un transport court et respectueux des animaux et un abattage des plus éthique! C’est une bonne chose ces temps ci…

  3. Jean-Louis VOLLIER
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    Bonjour les amis,
    Merci pour la statue des tondeurs de TE KUITI : l’association des tondeurs du DORAT(87) m’a contacté pour les aider à candidater pour le championnat de tonte mondial en 2017 dont le Board est en NZ…mais nous sommes au lendemain de l’humiliation de l’équipe de France par les Blacks et je n’en suis pas encore remis, surtout quand on se rappelle de la finale de 2011 à l’Eden Park !!!
    Heureusement que vous êtes là pour démontrer aux Kiwis que vous êtes des grands sportifs, que vous avez de l’endurance et que vous êtes les vrais ambassadeurs de la France !…
    J’espère que vous avez pu néanmoins voir le match en direct, avec les locaux, dans une ambiance survoltée, même si la position ne devait pas être confortable pour vous deux….
    Encore merci pour les photos et vos textes : on prend vraiment plaisir à vous lire !
    Bon courage pour les prochains 1000 km…
    Amitiés
    Jean-Louis

  4. Pauline
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    Comme il est trop chou ce petit mouton !
    Y-a-t-il toujours des cahiers sur lesquels les marcheurs écrivent leur passage dans ces huts ?

  5. Moby
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    Salut les amis, continuez à nous faire rêver, rêver, rêver au travers de vos récits, photos et vidéos savamment montées et contées …. Nous vous suivons, adorons mais n’avons pas pris le temps de vous écrire sur le site. C’est fait maintenant !!
    On pense à vous qui en prenez plein les yeux et sommes friand de votre goût du partage. Perso, j’aime bien la photo d’Indiana Jones allumant son premier feu dans la hut !!
    A bientôt.

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