Du 6 au 14 décembre : De Saint Arnaud à Boyle 116 km

Au coeur du parc national de Nelson Lakes, objetif : le Waiau pass 1870 mètres

Lac Rotoiti - Saint Arnaud

Lac Rotoiti – Saint Arnaud

Nous nous sommes arrêtés 24 heures à Saint Arnaud pour récupérer notre colis de provisions, laver notre linge, prendre une bonne douche et boire un vrai café. Dimanche, par un bel après midi de début d’été néo-zélandais, nous repartons avec nos sacs remplis à ras bord pour huit jours. C’est bien lourd à porter toute cette nourriture! Nous marchons tranquillement le long du lac Rotoiti. Sa couleur bleue, sa situation privilégiée, un écrin creusé par un ancien glacier, entouré de hautes montagnes, offre tous les atouts à Saint Arnaud pour attirer les vacanciers. C’est un endroit magnifique et paisible.

Sabin River

Sabin River

Du haut de la montagne coule la rivière

Du haut de la montagne coule la rivière

Notre chemin pour les huit prochains jours va emprunter ce que beaucoup de trampers du Te Ararroa considèrent comme une des plus belles portions de tout le trek. A l’heure où j’écris, nous avons traversé cette section et je peux confirmer ces dires. Le massif du Waiau s’est formé à la suite de la confrontation de la plaque indo-australienne avec la plaque pacifique. Nous marchons en direction du mont Travers que nous contournons par un col à 1 810m. Le col du mont Travers est une étape phare d’une boucle de six jours au départ de Saint Arnaud. Ce circuit est très populaire et nous sommes au début des vacances d’été. Les « hut » sont quasiment complètes. Nous devons nous adapter au tumulte des randonneurs-vacanciers. La tranquilité nous manque un peu et nous sommes parfois tenté de monter notre tente à l’extérieur du refuge pour retrouver un semblant d’intimité. Néanmoins, il n’y a pas que des mauvais côtés, nous faisons aussi des rencontres sympathiques. Nous savons de toutes façons que nous retrouverons la solitude des grands espaces d’ici deux ou trois jours tout au plus quand le tracé du Te Araroa aura quittté ce circuit fréquenté.

John Tait Hut

John Tait Hut

Les nuages jouent avec la lumière du soleil

Les nuages jouent avec la lumière du soleil

Mont Travers

Mont Travers

La montée en direction du col du Mont Travers est longue et difficile. Il nous faut nous hisser sur de nombreuses marches rocheuses. Avec le poids de notre sac à dos, c’est assez pénible. L’effort  du marcheur est néanmoins récompensé par un paysage composé de magnifiques sommets enneigés, de forêts et de puissantes chutes d’eau. Le sentier passe d’une vallée à une autre. Depuis le col, on devine la suite du tracé qui reste à parcourir : 1 300 m de dénivelés négatifs, de quoi donner le vertige! La descente s’amorce d’abord sur une pente herbeuse avant de rejoindre un pierrier qui oblige nos chevilles à utiliser toute la gamme de leurs positions. Sophie est une adepte des pierriers. Elle saute de pierre en pierre avec une délicatesse hors du commun. Le poid du sac, les heures de marches ne semblent pas la perturber. Aucune pierre ne roule sous ses pieds, elle choisit toujours l’itinéraire qui va lui offrir le plus de stabilité et avec aisance, elle l’emprunte. J’aprécie de la regarder évoluer ainsi, moi, qui avance certes rapidement mais assez lourdement, tout en laissant rouler quelques pierres et en levant beaucoup de poussières lorsque je dévale la pente.

Pause dans la montée du col

Pause dans la montée du col

Le cirque du fond de la vallée

Le cirque du fond de la vallée

Les eaux du Mont Travers

La cascade du Mont Travers

Crêtes

Crêtes

Dans la forêt, nous nous arrêtons pour une pause déjeuner au pied d’un arbre imposant. L’arbre « mère » nous autorise une halte réparatrice, assis sur ses racines, le dos appuyé contre son tronc. C’est un moment de plénitude. Nous sommes tous les deux au milieu de la nature, entourés d’arbres, de montagnes, de rivières et d’oiseaux. Encore un de ces instants où il n’existe nul endroit où l’on préférerait se trouver plutôt qu’à celui où l’on est. Nous rejoignons ensuite la rivière Sabine. Le sentier remonte par les berges sur une dizaine de kilomètres jusqu’à atteindre Blue Lake. Ce lac d’un bleu presque irréel est réputé pour avoir l’eau la plus translucide du monde. La pureté de l’eau est mesurée par un test de transparence. Des scientifiques posent une balise au milieu du lac et s’éloignent avec leur bateau de cette dernière. Grâce à un periscope, ils mesurent la distance la plus longue où la balise est encore perceptible dans l’eau. Pour blue lake, la mesure est de 70 mètres, en comparaison, pour l’eau distillée c’est 80 mètres. Nous sommes, en effet, émerveillés par la transparence de cette eau à travers laquelle nous pouvons voir le fond, à plusieurs mètres du rivage. C’est un endroit magique où nous nous sommes ressourcés pendant toute une après midi. Une parenthèse enchantée.

Plénitude

Plénitude

A l'approche du col
Encore quelques mètres

Encore quelques mètres

De l'autre côté du col

De l’autre côté du col

Le lendemain, nous partons tôt et nous quittons définitivement la foule des estivants. La journée s’annonce sérieuse car nous devons franchir le fameux Waiau pass, un col culminant à 1870 mètres, puis redescendre pour rejoindre une autre vallée où nous prévoyons de bivouaquer vers 1 000 mètres d’altitude. Ce col marque le deuxième point le plus haut de tout notre parcours. C’est un passage un peu redouté par les trampers. Les notes du D.O.C sont très claires : « Traversez le col par beau temps, et soyez très vigilants lors de la descente particulièrement technique qui vous demandera souvent l’usage de vos mains. Cette section s’adresse à des personnes expérimentées, en très bonne condition physique et possédant une certaine agilité. Lorsque ces conditions sont réunies, le Waiau pass est un des moments forts du Te Araroa. » Traduction : ça va être costaud! Et il y aura probablement un peu d’escalade à la descente. Nous nous mettons donc en route de bonne heure afin de pouvoir prendre tout le temps nécessaire lors de ce passage délicat.

Pont de fer
Chute d'eau

Chute d’eau

Rivière des neiges éternelles

Rivière et neiges éternelles

Le sac est parfois lourd...

Le sac est parfois lourd…

La montée nous emmène le long du lac Constance à 1 400 mètres puis au pied d’une pente particulièrement raide qui se dresse devant nous sur environ 500 mètres de dénivelé. Le terrain est un gigantesque pierrier où quelques petits arbustes ont trouvé le peu de terre qu’il leur faut pour s’accrocher. Un en-cas vite avalé et nous sommes prêts pour l’ascencion. Tous nos muscles sont sollicités pour tenir l’équilibre et pousser le corps toujours un peu plus haut. Les cuisses chauffent, les mollets se durcissent, le souffle s’intensifie et les battements du coeur se font de plus en plus fort. Notre technique est de marcher l’un derrière l’autre presque collés afin de se soutenir mutuellement. C’est un moment d’intense cohésion entre nous. Nous savons que l’autre est dans l’effort et qu’il faut persévérer ensemble car la délivrance est proche. Un pas après l’autre. Au sommet, nous observons une dernière fois le lac Constance et les montagnes enneigés avant de replonger dans la descente. Le temps a changé. Des nuages arrivent. Nous sentons que la température a chuté. Il ne faut pas trop tarder à redescendre. Nous traversons quelques névés, pour atteindre une barre rocheuse exposée. Nous échangeons un regard, le passage délicat, c’est ici. Nous décidons de ranger nos bâtons de marche afin de libérer nos mains pour nous appuyer sur la roche. Sophie retrouve rapidement quelques notions d’escalade, passion de Philippe, son père. Pour ma part, c’est plus difficile. Je me suis toujours senti plus à l’aise sur un terrain de rugby, nettement plus plat. Avant de nous lancer, nous observons, échangeons sur la meilleure voie à emprunter. Une fois d’accord, je m’engage au coeur de la faille et cherche mes marques parmi les éléments de la paroi rocheuse. Nous progressons prudemment sachant que ce n’est pas le moment de relâcher notre concentration. Le challenge est finalement relevé avec un certain soulagement. A 1 300 mètres d’altitude, nous prenons le temps d’une courte pause avant l’arrivée du mauvais temps. Ce soir, nous choisissons de bivouaquer près de la rivière Waiau. Nous sommes heureux d’avoir réussi à traverser ce col. Nous retrouvons avec plaisir notre tente après quelques nuitées un peu bruyantes dans les refuges. Nous dormons enfin chez nous, dans notre maison de tissus.

Blue lake en technicolor

Blue lake en technicolor

Jeu de lumières

Jeu de lumières

Repos au pied du lac pour rêves bleu

Repos au pied du lac pour rêves bleus

Blue lake Hut

Blue lake Hut

Époustouflant, essoufflant aussi!

Époustouflant, essoufflant aussi!

Le sentier descend ensuite dans la vallée du Waiau sur une trentaine de kilomètres. Nous marchons d’un bon train le long de la rivière et découvrons peu à peu une immensité herbeuse, de plus en plus large, entourée de montagnes pelées. Un éleveur de bovins a cloturé des centaines d’hectares pour

y faire paître ses animaux. Cette « terre du milieu » prend parfois des allures de savane africaine avec ses petits arbres pleins d’épines et son herbe jaunie par le soleil. Nous nous amusons à imaginer l’arrivée d’un éléphant ou d’un lion à travers les bosquets. Au demeurant, point de rhinocéros, ni de zèbres, nous avons cependant la chance d’observer beaucoup d’oies sauvages qui ont choisi d’élever leurs petits le long des berges de la rivière. Après quelques jours de marche, nous arrivons au hameau de Boyle pour récupérer notre colis de ravitaillement envoyé dans une colonie de  vacances.

Pause à flanc de montagne

Pause à flanc de montagne

Lac Constance 1400m d'altitude

Lac Constance 1400m d’altitude

Le lac Constance vue du col du Waiau Pass

Le lac Constance vue du col du Waiau Pass

Cairn au passage du col

Cairn au passage du col

Pause en haut du col

Pas le temps de traîner là-haut…

Les nuages ont envahis la montagne

Les nuages ont envahis la montagne

Et le tout en image bien-sûr :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. segault
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    Je m’attendais à voir quelques photos de Blue Lake après cette aguichante description de ses eaux claires… A défaut d’y plonger, j’aurai aimé y noyer mon regard…

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Ah ah, tu as raisons cher ami! Nous avons eu une panne d’internet en ce fin fond de la campagne Néo-Zélandaise. C’est désormais réparé avec en prime le film de la semaine.
      Biz

  2. Jean-Louis VOLLIER
    Répondre

    Bonjour à vous deux,
    Encore et toujours des images formidables ! grâce à vous on partage la pureté de ces zones les moins exposées à l’homme et à ses dérives…
    Comme tu l’as si bien écrit, PA, je suis admiratif des foulées de Sophie qui avance tranquillement et toujours très souplement quel que soit le relief : rien ne semble l’arrêter !
    J’enverrai un autre post pour des questions techniques…a bientôt
    biz

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Salut Jean Louis,

      Les images ce n’est pas nous, c’est la nature, nous ne sommes là que pour capter les instants!
      Des dérives il y en a partout. Ici en NZ on prend encore un peu plus conscience de l’impact de la mondialisation.
      Biz à toi
      Amicalement

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