Du 26 au 31 août 2015 : De Cape Reinga à Ahipara 101 km

Seuls au monde sur la Ninety Miles Beach

Mercredi, Nous avons pris un bus depuis Auckland pour rejoindre Kaitaia, une petite ville du nord située dans la région du Northland, puis un autre bus jusqu’à Cape Reinga, le point de départ du Te Araroa trail.
Le Te Araroa trail est à ce jour le 5 ème plus long sentier de randonnée du monde après le Continental Divide trail (5 000 km aux USA), l’Hokkaido Nature Trail (4 500 km au Japon), le Pacific Crest Trail (4 200 km ), et l’Appalache Trail (3 500 km). Le Te Araroa fait 3 000 km officiellement mais à priori plus proche des 3 300km. Il a été ouvert en 2011 si bien qu’il est encore peu fréquenté, environ 150 personnes l’an dernier se sont lancés sur le sentier. Il s’agit d’une traversée intégrale de la Nouvelle Zélande du Nord au Sud, de Cape Reinga à Bluff. Mais, il peut être effectué dans l’autre sens. Nous avons choisi de le parcourir dans le sens Nord -Sud pour des raisons climatiques. L’île du Nord a un climat océanique tempéré donc des hivers et printemps relativement doux. Nous sommes actuellement en fin d’hiver austral. L’île du sud a un climat plus rigoureux sous l’influence du Pôle Sud et un relief montagneux plus important. Il n’est donc possible de s’y aventurer qu’en fin de printemps et pendant l’été.

Cap Reinga, 18300km de Paris...

Cap Reinga, 18300km de Paris…

Bluff notre point de chute dans 5 mois

Bluff notre point de chute dans 5 mois

Nous avons donc pris le départ jeudi à Cape Reinga, le cap nord de l’île du Nord. C’est un piton rocheux perché sur une falaise de roche volcanique très déchiquetée. A son extrémité, se dresse un petit phare noir et blanc, et un panneau amusant qui donne la direction et le nombre de kilomètres vers quelques lieux connus: Londres, Sydney, l’Equateur, le Pôle Sud et Bluff, notre destination finale. Quelques touristes prennent des photos. Ils sont étonnés de nous voir avec nos sacs à dos et nous posent des questions.
Nous nous mettons en route en début après-midi sous un soleil magnifique qui sublime les paysages que nous avons devant nous: l’océan à perte de vue, d’un bleu-vert étincelant, les vagues qui s’éclatent avec force sur la roche sombre, le sable d’une plage déserte bordée de dunes arrondies, la forêt de garrigue tout le long et au loin d’immenses pâturages verdoyants où paissent les troupeaux de moutons et de vaches, le ciel bleu azur et de petits nuages blancs parsemés ici et là. Quelle belle palette de couleurs sous cette lumière dorée! On en prend plein la vue. La nature semble vouloir nous souhaiter bonne route. C’est un beau cadeau.

Vue sur notre première plage, pas mal non?

Vue sur notre première plage, pas mal non?

Ça marche

Ça marche

Cette première après-midi de marche nous fait longer deux plages sur une distance d’environ 13 km. Pour passer de l’une à l’autre, nous empruntons un sentier balisé du marquage triangle orange que nous suivrons pendant les 3 000 prochains km. Il y a un peu de dénivelé. Nous installons notre premier bivouac dans un Camp Site du Department Of Conservation (DOC) l’équivalent de notre Office National des Forêts. C’est un aménagement très simple mais tout à fait suffisant: une réserve d’eau dans une citerne, un petit abri en bois et grand luxe… des toilettes! Nous nous endormons bercé par le ron-ron continue des vagues.

Montage de la tente

Montage de la tente

Lueurs du soir

Lueurs du soir

Le lendemain nous traversons une zone de forêt et de garrigue surplombant la côte sur quelques kilomètres avant de redescendre par une série d’escaliers en bois très raides sur la mythique plage de Ninety Miles Beach. Cette plage fait 88 km de long, que nous allons parcourir en 3,5 jours. Marcher sur cette plage des heures et des heures durant c’est assez déroutant au début. On a un peu l’impression d’être les derniers survivants d’une catastrophe, seuls au monde, perdus dans l’immensité. Il y a peu de repères visuels si bien qu’il nous semble ne pas beaucoup avancer. Devant nous, du sable, du sable, du sable jusqu’à la ligne d’horizon; A gauche, des dunes et parfois lorsqu’elles ne sont pas trop hautes, on aperçoit un peu la forêt; A droite, l’océan. La marche et sa gestuelle répétitive, le bruit du roulement des vagues, le vent, et rien d’autre! A vrai-dire, nous ne sommes pas tout à fait seuls. En fait, tout un monde vit dans ces espaces sauvages que nous ne faisons qu’humblement traverser. Nous essayons de ne pas trop les déranger sur notre passage. Il y a d’abord les oiseaux de nombreuses sortes: mouettes, cormorans, pipit et d’autres dont on ne connaît pas le nom: des touts noirs avec un long bec orange qui font la course avec les vaguelettes pour fouiller de leur bec le sable mouillé à la recherche de leur repas, des noirs et blancs qui sont toujours par paire et ont un cri proche du gloussement de la pintade, des têtes noires-corps blancs-ailes grises, rassemblés en groupe d’une centaine. Il y a aussi des phoques qui font la sieste près des dunes. Certains se réveillent à peine lorsque l’on passe près d’eux et remuent juste une nageoire, l’air de dire « ne me dérange pas en pleine sieste », d’autres souvent les plus jeunes, détalent maladroitement pour rejoindre au plus vite la mer. Il y a aussi des petits crabes, beaucoup de coquillages. Plus étonnant, nous avons fait la rencontre un soir, lors d’un bivouac dans les dunes, d’un cheval blanc. Il est venu nous observer du haut d’un petit promontoire. Il est resté un moment avec nous puis est reparti vers nulle part comme il était venu. On aurait dit qu’il était tout droit sorti du film Crin Blanc. C’était un moment très poétique. Enfin, et ça c’est beaucoup moins sympathique, nous croisons tous les jours plusieurs 4×4, et même un car, qui roulent sur la plage à vive allure. En effet, aussi bizarre que cela puisse paraître, il est autorisé de rouler en véhicule dans ce lieu si somptueux et sauvage. Alors, certes, ce n’est pas du tout un traffic intense, seulement quelques véhicules par jour mais il nous semble que c’est quand même un peu dommage de permettre cela ici. Pour la petite anecdote, nous sommes un peu considéré comme des animaux sauvages par les touristes. Au même titre que les phoques, nous avons droit aux photos et même aux videos qui nous immortalisent comme « les cinglés qui traversent à pied cet endroit désertique ». Ca nous fait rire, on leur fait de grands coucous et ils nous répondent au travers des vitres de leur engin. Voilà, à peu près, ce qui rythme nos journées.

Les seules traces que nous laissons sur notre passage

Les seules traces que nous laissons sur notre passage

Sur la roche sableuse

Sur la roche sableuse

Enfin, il nous faut parler de notre corps qui, avouons-le, est un peu révolté depuis quelques jours de tout ce qu’on lui fait subir. Le sac à dos d’abord. Nous avions l’habitude de porter un sac lors de nos randos en France mais toujours sur un poids compris entre 5 et 10 kg. Cette charge est bien accepté par l’organisme avec un minimum d’entrainement. Pour le voyage au long cours, nous avons certes étudié et ré-étudié maintes fois le contenu de notre sac pour essayer de réduire la charge au maximum. Mais malheureusement, il est difficile de descendre en dessous des 10 kg de matériel pour vivre, se vêtir, cuisiner, se loger, s’orienter et communiquer avec le monde. 10 kg en soi ce n’est pas un problème mais à cela, il nous faut rajouter l’eau et la nourriture, et c’est là que ça se gâte. Par exemple, lors de notre premier jour de marche, nous avions 6 jours de nourriture avec nous (5 jours de marche prévu + 1 de secours au cas où). Il faut compter environ 500 g de nourriture par personne et par jour soir pour 6 jours et pour deux: 6 kg. Pas de chance, nous avons vu que nous ne pourrions pas nous ravitailler en eau en cours de route lors de la première étape (aucun point d’eau potentiel sur la carte, pas de rivière). Nous avons donc pris 3 litres d’eau chacun: environ 2 litres pour boire et 1 litre pour faire la cuisine et le thé. Donc si vous suivez bien, ça fait 3 kg de nourriture chacun et 3 kg d’eau… Donc un sac d’environ 16 kg… Aïe! Alors, le corps se fait un peu violence pour s’adapter. Ca tire dans les épaules, sur les hanches, dans les mollets et sous la plante des pieds. Nous savons que plusieurs jours, voire semaines seront nécessaires pour que l’organisme s’habitue et se renforce. Comme on dit, il faut prendre son mal en patience. La marche dans le sable est parfois aussi une épreuve. Tant que la marée est basse, tout va bien. Le sable mouillé offre une surface agréable et suffisamment ferme pour se déplacer. Mais, à marée haute, nous marchons le long des dunes dans le sable sec. On s’enfonce, les chevilles se tordent et chaque pas demande un effort supplémentaire pour s’extirper de cette matière instable. C’est particulièrement fatigant.

Mais où sont les porteurs?

Mais où sont les porteurs?

Chargement

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10 min de pause

10 min de pause

Bilan des courses: nous sommes contents de cette première étape qui constituait un bon test de nos capacités physiques et de notre matériel. Tout s’est bien déroulé. C’est de bonne augure pour la suite. Si les paysages sont aussi extraordinaires dans le reste du pays, nous allons vraiment en prendre plein la vue!

Spectacle avant la nuit

Spectacle avant la nuit

Pedro contemplatif sur la Ninety Mile Beach

Pedro contemplatif sur la Ninety Mile Beach

Pause déjeurner sur la Ninety Mile Beach

Pause déjeurner sur la Ninety Mile Beach

Dune et océan pacifique, Ninety Mile Beach

Dune et océan pacifique, Ninety Mile Beach

Nous ne sommes que des ombres de passage sur cet immensité.

Nous ne sommes que des ombres de passage sur cet immensité.

En vidéo également la ninety mile beach et ses habitants :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. JEAN-LUC PRZEWOZNY
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    Ce 2 septembre, et suite à votre mail, nous avons bien parlé de vous en ce jour d’ouverture de Tech’Ovin !! Côté paysage, et pour connaître, modestement un peu de la partie du pays entre Auckland et Christchurch, OUI, vous allez découvrir des paysages encore et toujours plus fantastiques !!! En tout cas , profitez des contacts avec la population Maori plus présente dans cette partie du pays… Ah oui, un détail, la capitale, c’est Wellington et son charme devrait vous attirer; j’ai de bons souvenirs du super musée éthnographique … Bravo et continuez vos découvertes en nous les faisant partager !

  2. Clément Allain
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    Je découvre votre blog. Très agréable à lire. Les photos sont jolies, le ciel est d’un bleu incroyable, on voit rarement cette couleur chez nous (j’habite en Bretagne donc c’est peut-être normal :-)). Petite question : qu’est ce que vous mangez et est-ce que vous envisagez de trouver à manger la long du parcours (poissons, baies, etc.)?
    A Bientôt,
    Clément

    • Pedro et Sophie
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      Salut Clément,

      Merci pour tes compliments.
      Etonnant car ici il fait le même temps qu’en bretagne il pleut souvent mais entre les pluies on peut sécher avec un temps bleu comme tu l’as vu sur les photos c’est un peu ouf. Parfois le nuage de pluie arrive, à peine le temps de mettre le gore tex que déjà il refait beau. Pour les repas on porte environ 4j d’autonomie, cela dépend des étapes et des ravitaillements possible et ensuite si besoin on s’enverra des colis en poste restante cela fonctionne bien en NZ. PAs de pêche ou de chasse prévu.
      A bientôt
      Pedro et Sophie

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Salut Clément! Merci pour ton message. Pour répondre à ta question, on se nourrit plutôt « utile »: de l’energie concentrée! Donc muesli, barre de céréales et pâtes. On a eu la chance de manger un peu de poisson qu’un Maori nous a offert. il l’avait fumé lui-même, super bon! Pas vu de baies pour l’instant.

  3. Pauline
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    Sultan et Rahan ont du rassembler drôlement d’énergie pour vous envoyer ce cheval blanc (Gandalf le blanc ?) !

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Ah j’espère que tu dis vrai… et pourquoi pas d’ailleurs?! En tout cas il était magnifique et si altier!

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