Du 22 décembre 2015 au 02 Janvier 2016 : D’ Arthur’s Pass au Lac Tekapo 243 km

La traversée des paysages désertiques des Two Thumb Range, une fin d’année grandiose

En marche dans la Harper Valley

En marche dans la Harper Valley

Nous repartons du village d’Arthur’s Pass en direction du sud vers le lac Tekapo. Ces deux points sont séparés par une longue distance de près de 243km avec deux difficultés à contourner que sont les rivières infranchissables à gué de Rakïa et de Rangitata. Le trek traverse la zone centrale de la région du Canterbury, où poussent des arbustes épineux et une herbe rêche et jaunâtre qui s’accommode du peu de terre présent à la surface des montagnes.

Harper River

Harper River

Les monts de la Harper Valley

Les monts de la Harper Valley

A travers les patûres où paissent les Merinos

A travers les pâtures des Merinos

La première partie du chemin longe la rivière Harper en direction du lac Coleridge. Ce type de section dans le creux de la vallée est assez courant sur le Te araroa. Le sentier n’est pas veritablement tracé car seuls les marcheurs du TA l’empruntent. Il nous faut donc trouver notre voie par nous-même à travers les buissons d’épines et dans le lit de la rivière. En Nouvelle-Zélande, les précipitations peuvent être soudaines et très abondantes, et ainsi transformer de petits cours d’eau en torrents tumultueux. Dans cette zone, en particulier, l’eau ruisselle rapidement de la montagne vers les vallées, le niveau change très vite. Des courants puissants peuvent en quelques heures de temps déplacer des rochers de plusieurs centaines de kilos. Ainsi, après chaque épisode de forte pluie, le lit de la rivière est entièrement remanié, le chemin est effacé. La sente n’est plus qu’un amas de pierres désorganisées. Le terrain nous demande d’être très concentrés pour placer nos pieds aux bons endroits, éviter les pièges d’une pierre qui glisse ou qui ripe et préserver nos chevilles et genoux de toute blessure. Mentalement, c’est assez exigeant car nous progressons très lentement et nos pieds sont constamment dans l’humidité en raison des multiples traversées à gué. Bref, il faut être patient. Heureusement que le paysage, toute cette eau pleine de vie, nous donne envie de persévérer. Lorsque l’on marche dans un fond de vallée, on se rend aussi un peu mieux compte de la taille des montagnes et de la puissance qu’il a fallu pour les soulever, c’est beau!

Rose sauvage

Rose sauvage

Bleu des lacs, du ciel et des fleurs
Cette fleur se nourrit du soleil

Cette fleur se nourrit du soleil

Dômes de cailloux

Dôme de cailloux

Rakaia River

Rakaia River

Au lac Coleridge, nous contournons la rivière Rakaia ce qui nous oblige à un détour de près de 100 kilomètres par la route. Les notes du Te Araroa nous conseillent de trouver une voiture… Nous nous en remettons au sort de l’autostop. C’est d’abord un jeune Gallois qui travaille dans un élevage de 36 000 hectares qui nous emmène avec lui pour un premier trajet de 50 kilomètres. Nous discutons longuement de l’organisation de l’exploitation agricole. Nous apprenons que neuf personnes seulement travaillent dans cet élevage qui compte 16 000 brebis Merinos et 1 000 vaches (races Angus et Hereford). Il explique que l’investisseur ne gagne de l’argent que sur l’achat/revente des terres mais pas sur l’élevage. En effet, la Nouvelle-Zélande exporte 98% de la viande qu’elle produit. Les prix sont tirés très fortement vers le bas car ils sont soumis au marché mondial et notamment au marché asiatique. Nous reflechissons sur le sens de ce modèle agricole. Il me semble plutôt aberrant qu’un tel système économique, qui plus est à peine rentable pour nombre d’exploitants, vienne déstabiliser nos marchés en France et en Europe. Le prix au kilo de l’agneau néo-zélandais est en moyenne 4 fois inférieur au prix français. Cependant, j’ai concience que dans d’autres domaines, notre mode de production lui aussi déséquilibre d’autres marchés, ailleurs dans le monde… Vive la mondialisation! Lors de ce petit périple en stop, nous rencontrons aussi un couple venant de Christchurch, en vacances dans leur résidence secondaire sur les rives de Rangitata. Passionnés de randonnée, ils ont marché sur certaines portions du TA. Ils sont donc solidaires des trampers qu’ils rencontrent sur le bord des routes. Grâce à ces personnes, nous avons parcourus presque  90 kilomètres. Ce qui nous paraissait quasiment infaisable s’est déroulé en seulement 3 heures, un 24 décembre! Nous avons ainsi pu reveillonner tous les deux dans une cabane bâtie en 1960 au fond d’une vallée, un endroit particulièrement paisible.

Hutte de Noël

Hut de Noël

Repas de Noël

Festin du reveillon

Chemin dans le lit de la rivière

Se frayer un chemin dans le lit de la rivière

A flanc de colline

A flanc de colline

La seconde section de cette étape se situe entre la rivière Rakaia et le lac Clearwater. Nous entrons dans le parc naturel de conservation de Hakatere. Une herbe jaunâtre et drue pousse partout sur une très fine couche de terre pâle. Au-delà de 1 400m d’altitude, le paysage n’est plus que montagnes de pierres et de gravelles. Un veritable désert. La biodiversité est riche dans cette zone protégée. La Nouvelle-Zélande réussit parfaitement à préserver de l’impact de l’homme de nombreux espaces. Insectes de toutes sortes, oiseaux (canard, cygne noir, oie, et d’autres que nous ne connaissons pas), lapins et lièvres prolifèrent car ils trouvent un espace de vie à l’abri des prédateurs. Seuls quelques faucons sont là pour les inquiéter. De plus, ce n’est pas le nombre de marcheurs qui troublent cette vie sauvage car, d’après les registres des hut, seuls les trampers du Te Araroa passent ici. Aux cols, on se sent seuls au monde. Il n’y a dans le panorama aucune trace de l’homme. Nous jubilons d’avoir le privilège d’être là tous les deux.

Monticules de cailloux

Monticules de cailloux

Bis

Bis

Ici la terre sèche

Ici la terre sèche

Double Hut

Double Hut

Au lac Clearwater, nous quittons les sentiers pour contourner une seconde rivière, Rangitata. C’est l’ocasion également de recharger nos provisions de nourriture au village de Géraldine avant de reprendre le trek en direction du lac Tekapo. Un couple charmant, originaire de Christchurch, nous accompagnent en voiture jusqu’au départ de la prochaine étape. Ann et Tony nous délecterons  même d’un morceau de truite pêchée par Tony et parfaitement cuisinée par Ann. L’aide spontanée et enthousiaste de ces Néo-Zélandais est précieuse, une vraie leçon de vie.

Lac Emily

Lac Emily

Ashburton river

Ashburton river

En marche vers le lac ClearWater

On the road… vers le lac ClearWater

Anne et Tony nos pilotes d'un jour

Anne et Tony, nos pilotes d’un jour

La troisième partie doit nous conduire de la rivière Rangitata jusqu’au lac Tekapo. Nous allons passer par le point le plus haut du trek avec un col à 1925 mètres, le Stag Saddle. Au lac Tekapo, nous ferons notre premier arrêt de deux jours depuis notre arrivée sur l’île du Sud. Nous décidons de bivouaquer pas très loin de l’endroit ou Ann et Tony nous ont déposés, car nous devons réparer et consolider nos vêtements et chaussures qui souffrent des 2 300km déjà parcourus. Donc le programme de l’après-midi, c’est atelier couture et cordonnerie! Le lendemain, nous nous mettons en route. Nous marchons encore dans un lit de rivière. Comme il fait beau et très chaud, c’est un peu moins désagréable d’avoir les pieds mouillés. Après le passage d’un col à 1 600 mètres d’altitude, nous montons notre tente dans la montagne au pied d’un ruisseau pour une soirée bivouac bien agréable. Le temps se dégrade de façon passagère. Heureusement cette journée de marche sous une metéo maussade est courte. Nous traversons encore plusieurs fois une rivière et arrivons pour le déjeuner dans Royal Hut juste avant une bel averse. Cette cabane porte ce nom en mémoire d’une visite du Prince Charles et de la Princesse Anne qui y auraient séjourné en 1971. La hut, plutôt vieillote, est loin d’être le palais de Buckingham! Le lendemain, le ciel est  nouveau bleu, pas un seul nuage pour ce 31 décembre. La journée s’annonce parfaite pour se lancer à l’assaut du Stag Saddle et profiter de la vue. Après 600 de dénivelés positif nous accédons au col. Le panorama est hallucinant! L’horizon s’étend à des kilomètres à la ronde, le bleu turquoise des lacs contraste avec le blanc des sommets enneigés, nous profitons de l’instant. Pour descendre, nous marchons sur la ligne de crête pendant près de 10 kilomètres. Autant vous dire qu’on en prend plein les yeux avec des vues magnifiques sur le Mont Cook et son glacier, le lac Tekapo oasis bleuté au milieu du désert. Quel bel endroit pour finir cette année 2015! Nous passons ce nouvel an dans Camp Stream Hut, une jolie cabane de taule ondulée rouillée qui semble tout droit sortie d’un western américain.

Tas de cailloux

Tas de cailloux

Au col Pedro scrute l'horizon

Au col Pedro scrute l’horizon

Lena et Sophie

Lena, randonneuse allemande et Sophie

Pedro en marche vers le plus haut point du trek

Pedro en marche vers le plus haut point du trek

Stag Saddle 1925m

Stag Saddle 1925m

Nous ne cachons pas notre joie!

Nous ne cachons pas notre joie!

Nous vous souhaitons à tous un très bonne année. 2015 fût une année sombre pour la liberté,  dont nous garderons longtemps l’empreinte des violences et de la terreur. Notre société a d’importants défis à relever. L’enjeu climatique et écologique, notamment, est de taille. Néanmoins nous voulons être optimistes pour l’avenir car la prise de conscience est en marche. De nombreuses initiatives montrent que l’on peut construire un autre monde. Puisse 2016 permettre à chacun, à son échelle, d’avancer pas à pas sur la voix du changement.

Pierriers je vous aime et je vous déteste

Pierriers, je vous aime et je vous déteste

Voyage En Marche au sommet du Te Araroa

Voyage En Marche au sommet du Te Araroa

Sophie alpiniste

Sophie n’a pas le vertige

10km de crête

10km de crête

Vue de la crête

Panorama à couper le souffle

Lena à l'approche de la rivière

Dernière rivière à franchir

Camp Stream hu en vue
Western

Digne d’un decor de Western

«Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part».
Légende tirée d’un conte Amérindien

Allons, mangeons

A table

Western spaghettis

Western spaghettis

Elle en a vue des trampeurs

Elle en a vu des trampeurs

No comment

So blue

Derrière le Lac Tekapo

Derrière le Lac Tekapo

En image, prenez 5minutes :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. Marjorie
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    Bonjour à tous les deux, j’ai pensé à vous pour ces jours de Noël et réveillon, passés au bout du monde. Je vois que vous ne vous êtes pas laissés abattre ! Ici, pour le repas de réveillon c’était gigot d’agneau 😉
    Merci encore pour ces belles images que nous regardons en famille. Par contre, je n’ai pas encore réussi à décider les garçons à relever le défi de dessiner des marcheurs !
    Je vous souhaite une excellente année 2016, qui commence pour vous de la plus belle des façons !
    Bien amicalement,
    Marjorie

    • Pedro et Sophie
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      Chere Marjorie

      Tous nos vœux de voyageurs pour 2016.
      Oh, un bon gigot d’agneau baronet du limousin j’espère pour votre réveillon.
      Comme tu l’as vu pour nous le réveillon était moins carnivore… Plus proche des Indiens…
      Allez encourage encore un peu tes enfants pour le dessin il reste encore 24:00.

      Biz Pierre Antoine et Sophie

  2. Goums
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    bonjours les amis,

    le dernier carnet de voyage fut intéressant à regarder cependant nous avons fêté cette nouvelle année sans vous. Quel dommage de ne pas avoir partagé avec nous ce délicieux et raffiné repas que Pedro avait préparé pour l’occasion. Je pense que mon copain a perdu toutes ses bases de cuisine. En revanche je me propose à son retour de le former à nouveau afin qu’il ne dérive pas sur une voie végétarienne dès votre retour en France. Je pense aussi que pour cette nouvelle année je devrais organiser un vide maison à Esse, car le confort risque de vous gêner maintenant. Mieux, laissez dont la maison en location, j’ai tout un tas de vielles tôles qui feront l’affaire pour un futur projet de construction….
    trêve de plaisanterie, la famille Goums vous souhaites une excellente année dans la réalisation de votre projet et surtout revenez un jour!!!!

    gros bisous

  3. Marie
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    La sagesse accompagne vos pas…et ça se sent. Merci pour ces beaux moments de voyage, et de réflexion.
    Bonne année à tous les deux, continuez à vivre et à vibrer!
    Bises à vous
    Marie

    • Pedro et Sophie
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      Bonne année Marie! Bonne année à ton cheri aussi. Je sais que l’on vit le même chemin… ton message d il y a quelques mois nous relatant ton bilan au retour fait pleinement resonnance. J’airais pu ecrire exactement le même 😉 hâte de pouvoir partager tout ca avec vous. On vous embrasse bien fort. Et vous aussi continuez votre chemin…pas à pas.

  4. gayode
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    Encore de superbes images et continuer à nous faire rêver.je vous souhaite une bonne et heureuse année 2016 et plein de bonheur, d’amour , de decouvertes,d’images formidables. Bisous à vous 2….. Gayode PS: Sophie,je fais comment cette année pour le vaccin de titou à l’étang?? Je lui ai expliqué que tu étais sous ces pieds en voyage,mais il m’a pas cru..lol

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Salut la gayode,

      Bonnet et heureuse année à toi pour 2016, et j’espère un beau festival pour Confolens.
      Pour Titou attends un peu notre retour Sophie pourra venir le voir…
      Biz Pedro

  5. matthieu Vanhoutte
    Répondre

    Heureuse année à tous les deux, je prends plaisir à vous lire, ça à l’air magique votre affaire!
    N’oubliez pas de croquer une ptite patate de temps en temps, votre organisme en a besoin.
    Bonne continuation et profiez bien!

    Sandra, Matthieu et Elsa (et bientôt un Nº4….en avril)

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Chere Sandra, cher Matthieu et Elsa et le fœtus….

      Bonne année 2016 à vous 3,5 et félicitations pour cet événement prévu en Avril.
      Comment Elsa accueille t elle la nouvelle?
      En 2016 il faudra penser à venir prendre qq jours de vacances à la maison histoire que Elsa voit des arbres et de l’herbe….
      Biz à tous les 3/4
      PA et So
      Ps: côté patate on prends un pti Fish and chips de temps en temps.

  6. Philo
    Répondre

    Meilleurs vœux à vous deux. L’épisode 27 n’a rien à envier aux précédents, c’est super ! Une nouvelle année qui démarre tambour battant, au rythme des hut’s qui se succèdent, les majeures comme les mineures. En tout cas votre ‘hut’ de Noël était bien chargée, car il semblerait qu’en cette occasion vous ayez pris quelques libertés sur le régime habituel : quelques rondelles de saucisson de chevreuil, 10 cl de merlot, et 3 cuillérées de purée…. attention aux excès ! En même temps c’est tout le mal que nous vous souhaitons. Profitez bien de tous ces moments précieux. Peut-être ai-je passé l’âge mais je me risquerai bien à un petit croquis de hut ! Petit coucou à la famille Goums dont j’attends toujours le coup de fil pour une sortie à vélo. Biz.
    Philo Articles récents…Portraits croisés des Trampers du Te AraroaMy Profile

  7. BORIE CHALARD
    Répondre

    Voilà déjà 4 mois que vous cheminez dans ces paysages toujours fabuleux! Merci de nous faire partager cette superbe aventure!
    Je partage entièrement vos vœux et je vous souhaite de grands bonheurs pour 2016 et la réussite de votre long périple!
    La légende du colibri, c’est celle que raconte Pierre Rahbi, un grand homme que l’on aurait dû écouter depuis longtemps! Notre planète ne serait pas dans cet état!
    Amitiés. Nicole

  8. Jean-Louis VOLLIER
    Répondre

    Bonjour les amis et bonne année !
    Je vous ai laissé un message sur votre adresse mail, mais comme j’attendais impatiemment la mise en ligne de la dernière étape, je renouvelle mes souhaits pour que 2016 continue de vous faire vivre cette aventure exceptionnelle que nous pouvons partager avec vous !
    Grâce à vous j’ai vu ces paysages exceptionnels et le Mont Cook….de loin, car je pense que je pourrai jamais gravir les sentiers du TA et déguster un merlot en altitude pour un réveillon…!
    Que de cailloux et d’herbe sèche : costauds les chevilles !
    A le prochaine réunion de FIL ROUGE, nous ferons une mise en commun de nos impressions avec Marjorie…
    Amitiés à tous les deux.
    Jean-Louis

  9. Moby
    Répondre

    Tous nos voeux pour cette année encore riche en émotions et parcours talentueux !!
    Comme d’hab, je ne m’étend et ne m’attarde pas trop pour écrire mais nous continuons sans cesse de suivre votre parcours à distance.
    La bougie à la place de la tétine, pour des petits veaux au pinot, c’est la classe !!
    A bientôt pour la suite des aventures.
    Continuez à nous montrer ces paysages merveilleux !!

    Boujoux
    Moby’s family

    PS : Une question demeure depuis un bout de temps, il fait quasi toujours beau sur vos photos !!! Faut que je vous embauche pour retoucher mes photos à votre retour …

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