Du 2 octobre au 07 octobre : De Hamilton à Te Kuiti 106 km

A travers les monts du Waikato

Le sentier débute le long de la rivière Waipa puis passe au milieu de verts pâturages. Les prairies sont séparées en petit carrés d’environ un hectare, entourées de haies, de barrières blanches en bois et accessibles par des chemins de terre. Les troupeaux de vaches sont là pour nous rappeler que nous ne sommes pas sur un hippodrome mais bien dans une ferme. Le chemin grimpe ensuite vers des collines (250/300m d’altitude). Nous entrons dans une partie très vallonnée du Waikato. Arrivés sur un point haut, nous prenons le temps d’observer le paysage et les animaux.  Malheureusement, la portion du Te Araroa que nous devions suivre le long de la ligne de crête est fermée pendant la période d’agnelage des brebis. Nous devons donc rebrousser chemin. La seule solution qui s’offre à nous est de marcher sur une route goudronnée qui contourne la montagne et qui nous allonge le chemin de près de 15km. Arrivant à point nommé, une voiture s’arrête à notre hauteur. Le conducteur, un habitant des environs, connait bien le coin car il s’y promène souvent en moto-cross. Il nous a déjà croisé lors de notre montée vers le chemin et nous voyant faire demi-tour, il comprend immédiatement la situation. Présentations faites, Charles, c’est son nom, propose de nous déposer à l’entrée de notre prochaine étape. En route, il nous explique qu’il est médecin, spécialiste en cancérologie et qu’il est originaire d’Afrique du Sud. Il a quitté son pays car le système de santé est trop capitaliste à son goût avec sa médecine à deux vitesses. Il a choisi la Nouvelle-Zélande pour exercer son métier dans un système social public beaucoup plus équitable. C’est le troisième Sud Africain que nous rencontrons qui a décidé d’émigrer en Nouvelle-Zélande  en raison de la qualité de vie (nature préservée, ouverture d’esprits des habitants, système de santé fiable, sécurité intérieure, liberté…). Nous dormirons ce soir-là sur une aire de bivouac du DOC en pleine campagne entre forêt, rivière et pâturages.

Forêt native de Nouvelle Zélande : Le "bush"

Forêt native de Nouvelle Zélande : Le « bush »

La nuit a été fraîche et nous nous réveillons de bonne heure car nous nous apprêtons à gravir le  sommet du Pirongia qui culmine à 959 mètres. La montée longe d’abord la rivière puis suit une arête sur 8 kilomètres avec un peu plus de 1000 mètres de dénivelé positif. Nous mettons quatre heures pour arriver au sommet. Pour la vue, il faudra revenir… Un épais brouillard est tombé. Le vent et la pluie sont aussi de la partie. Le Department Of Conservation (DOC) a construit au sommet une jolie hutte : cabane en bois sans électricité avec couchettes, réservoir d’eau de pluie et toilettes sèches. Nous en profitons pour prendre une pause à l’abri et découvrons l’ « Intention Book », le registre des usagers de la hutte. Il est d’usage d’y noter lors de son passage différentes informations : date, nombre de nuit dans la hutte, nom, prénom, météo du jour, prochain lieu d’étape, éventuel commentaire. Nous apprenons ainsi que trois autres personnes marchent actuellement sur le Te Araroa. Nous avions déjà entendu parler de certains d’entre eux. C’est amusant pour nous de savoir que nous avons des compagnons de route à quelques jours de marche de nous, et de découvrir leurs noms, leurs nationalité et leurs commentaires. Nous tâcherons de vous dresser bientôt un portrait de ces « trampers » du Te Araroa.

En pleine nature

En pleine nature

Bien préparer son chemin, la clé d'une journée de randonnée sans fausse route.

Bien préparer son chemin, la clé d’une journée de randonnée sans fausse route.

Nous ne tardons pas à nous remettre en marche car le chemin est encore long. Nous devons encore suivre la ligne de crête, passer trois ou quatre pics à plus de 900m environ avant d’amorcer la descente particulièrement raide et marécageuse sous la bruine et le vent. Nous arrivons le soir, vers 18h, exténués et nous déposons nos affaires sur le premier emplacement herbeux et à peu-près plat que nous trouvons sur le bord d’une piste de montagne. A peine le temps de sortir la tente de nos sacs, Bevan, un fermier du coin passe devant nous en 4×4, s’arrête et nous invite directement à manger et dormir chez son amie Rae. Nous ne nous faisons pas prier à l’évocation d’un dîner digne de ce nom au coin du feu. Bevan et Rae sont très accueillants. Après quelques présentations, Bevan se lance dans un cours de « roping », le maniement du lasso pour attraper le bétail. Il nous fait d’abord une démonstration sur un veau en bois puis c’est à notre tour de nous exercer (voir vidéo). Bevan et Rae sont tous les deux passionnés de rodéo. Ils participent à plusieurs championnats dans le sud de la Nouvelle-Zélande. Au quotidien, ils conduisent également leurs troupeaux respectifs à cheval accompagnés de leur chien. Quel plaisir de rencontrer des éleveurs comme eux! Ils partagent des valeurs humaines simples mêlant sobriété de mode de vie et harmonie avec la nature. Leur couple est issu d’un remariage. Ils vivent chacun sur leur ferme. Rae nous accueille dans sa petite maison en bois. Le poêle au centre de la pièce à vivre donne une ambiance chaleureuse. Depuis la véranda, la vue est imprenable sur la nature environnante et le troupeau. Nous discutons de l’avenir de leurs fermes. Bevan a deux enfants, un garçon et une fille, qui ne sont pas intéressés par l’élevage. Alors afin d’aider un jeune à s’installer, il a décidé de louer une partie de ses terres. Sur ses 280 hectares, il n’a conservé qu’une petite partie pour élever ses 400 brebis et 30 bovins à l’engraissement. Rae, elle, travaille avec son fils. Ses pâturages, immenses, s’étendent sur 350 hectares. Son troupeau compte 800 brebis.
Le soir, pendant le dîner, Rae et Bevan nous expliquent leur philosophie de vie. Pour eux, le bonheur réside dans une vie simple. Ils nous montrent pourquoi il est important toute sa vie durant d’acquérir des savoirs faire car fabriquer des choses de ses propres mains est une source intarissable de satisfaction. Rae, par exemple, a construit, puis agrandi sa maison en bois en utilisant les planches qui constituait l’ancienne bergerie de son grand-père. Elle a également bâti un muret en pierre sèches, des pierres qui ont été glanées, une par une, dans ses terres. Son jardin, à lui seul est une oeuvre d’art. Il est entouré d’une jolie palisse en bois afin de le protéger du vent fort qui souffle sur sa colline. Les cultures sont bien disposées dans des carrés. Bevan, quant à lui forge ses outils, sait travailler le cuir. Il nous montre avec fierté les magnifiques selles et différents harnachements qu’il a réalisés. Rester proche de la nature, tel est leur seul religion. Elle passe notamment par une connexion forte avec leurs animaux et notamment leur chevaux. Qu’y a-t’il de mieux que de monter chaque matin sur son cheval pour rendre visite à son troupeau?

Pedro et Bevan en pleine discussion

Pedro et Bevan en pleine discussion

Le bonheur sous le chapeau

Le bonheur sous le chapeau

Le lendemain, après un copieux petit déjeuner et une petite visite de sa ferme, Bevan nous dépose sur notre chemin. Au moment de nous séparer, il nous fait promettre de lui donner de nos nouvelles. Il nous souhaite de vivre heureux. Nous sommes tous les trois émus. Cette rencontre nous bouleverse. Bevan et Rae, nous ont offert une belle leçon de vie. Les échanges que nous avons eus, nourrissent nos réflexions pendant la marche. Nous avons déjà de nombreuses fois abordé ensemble la question de notre quête du bonheur et le sens que nous souhaitons donner à notre vie. Nous commençons depuis quelques années à mieux cerner nos besoins. Ce voyage est bien-sûr merveilleusement propice pour construire notre propre projet de vie et faire mûrir nos réflexions. Bien que nous n’en doutions nullement, rencontrer des personnes comme Bevan et Rae nous confirme que nous empruntons le bon chemin.

La pierre noir du Waikato

La pierre noir du Waikato

On dirait un mur pourtant c'est naturel.

On dirait un mur pourtant c’est naturel.

Nous traversons collines, rivières, pâturages et forêts sous un soleil resplendissant. Il y a encore beaucoup de dénivelé. Au détour du sentier, nous apercevons de magnifiques biches avec un faon, entrain de pâturer tranquillement sur les berges d’une rivière. Nous bivouaquons le long de Kopuha stream, un joli cours d’eau situé entre deux collines boisées.

Ferme typique de la campagne du Waikato

Ferme typique de la campagne du Waikato

Nous marchons en direction du village de Waitomo, qui signifie littéralement «  eau pénètrant dans un trou dans le sol ». La région de Waitomo est en effet située sur un amoncellement de fossile formant une épaisse couche de calcaire. Il y a 24 millions d’années, la région a subi de nombreux séismes et éruptions volcaniques formant de grandes failles. L’eau s’est engouffrée pour y creuser les grottes que l’on peut aujourd’hui visiter. La grotte Aranui tire son nom du jeune Maori qui, accompagné de son chien, la découvrit fortuitement dans la forêt. Elle héberge l’Arachnocampa Luminosa, une espèce de ver luisant propre à la Nouvelle Zélande. Pour se développer, il doit bénéficier d’un milieu très humide le protégeant du dessèchement et lui permettant de fixer ses filament gluants. L’obscurité de la grotte favorise la luminescence, destinée à attirer ses proies.
Nous terminons notre journée par la traversée de jolis pâturages perchés, offrant des points de vue sur la vallée de la rivière Waipa. Avant d’arriver à Te Kuiti, nous découvrons une forêt de Kahikatea, un arbre magnifique qui peut vivre jusqu’à 500 ans.

De l'herbe jusqu'au genou.

De l’herbe jusqu’au genou.

Point de vue sur la vallée

Point de vue sur la vallée

Le passage de clôture idéal pour admirer le paysage

Le passage de clôture idéal pour admirer le paysage

Un tapis de verdure

Un tapis de verdure

Cette semaine restera marquée par cette rencontre avec Bevan et Rae, que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Le chemin nous a offert des vues magnifiques sur un paysage ouvert qui nous change un peu des forêts sub-tropicales. Enfin, comme d’habitude, la nature nous a offert quelques instants magiques, belles récompenses pendant nos longues heures de marche.

Forêt de Kahikatea

Forêt de Kahikatea

Kahikatea juvéniles

Kahikatea juvéniles

La nature s'emmêle!

La nature s’emmêle!

En vidéo les meilleurs moments de la semaine, nature, paysage et apprentissage du lasso :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. Jean-Louis VOLLIER
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    Salut les amis,
    Ravis que vous soyez arrivés à TE KUITI, capitale mondiale des tondeurs : allez voir la statue magnifique et dégustez la souris d’agneau avec une bonne bière (très bon souvenir de 2010…) Demandez l’adresse de David FAGAN, plusieurs fois champion de monde de tonte et préparateur psychologique des ALL BLACK….il sera ravi de vous faire visiter sa ferme ; demandez lui si il a toujours son béret avec l’emblème du Stade Toulousain que nous lui avions remis ! Robin FAGAN, son frère, est venu à TECH OVIN en 2009 présenter son système de contention (étau pneumatique) RACEWELL; il nous a ensuite proposé le programme de ce voyage mémorable en février 2010…
    Profitez bien de ce pays sain…même si ces petits agneaux vont nous envahir à Pâques !

    • Pedro et Sophie
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      Salut JL,

      Oui nous sommes allés voir la statut c’est beau, quel hommage aux tondeurs, travailleurs de l’ombre dans l’élevage des agneaux. Dommage, nous n’avions pas reçu ton post avant, ce fut avec plaisir de rencontrer un de tes amis. Nous avons posté l’article et sommes partis dans la foulée pour Puréroa forest.
      Enfin comme tu le vois nous faisons de belles rencontres, l’agriculture, l’alimentation et la nature sont toujours au rdv des conversations et bien sûr le rugby. Je ne sais pas si nous serons devant la télé mais je crois que je vais en entendre parler rapidement par les NZ.
      Biz à toi et au pictocharentais.
      Pedro

  2. Jean-Louis VOLLIER
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    Au delà de votre périple qui demeure une expérience unique, je pense que vous allez vivre quelque chose de plus unique encore, surtout pour toi, Pedro, joueur et amateur de rugby : vivre le match France-NZ, tant attendu par tout le monde, et auprès des supporter des BLACK !
    Vous nous raconterez dans une semaine ….

    • Pedro et Sophie
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      Salut Jules,

      Merci, nous n’avons rien de spécial c’est Imovie sur Mac cela fonctionne bien c’est assez intuitif et simple.

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