Du 16 au 30 octobre : De Whakahoro à Levin 320 km

Comme un poisson dans l’eau

Changement de décor et de mode de déplacement. Nous troquons nos chaussures de marche contre un canoë canadien bi-place et des bidons étanches à la place de nos sacs à dos. Nous partons pour six jours de canoë sur la Whanganui river et cinq nuits en tente ou hutte. Cette rivière d’une longueur d’environ 240 km prend sa source dans la montagne Tongariro et se jette dans la mer des Tasmans à l’ouest de la Nouvelle-Zélande. Son embouchure est située dans la ville de Whanganui qui donne son nom à la rivière. C’est le deuxième cours d’eau le plus long de l’île du Nord après la rivière Waikato que nous avions longée quelque semaines auparavant.

Notre nouveau moyen de déplacement

Notre nouveau moyen de déplacement

Des pauses bien méritées. 6h de canoë par jour

Des pauses bien méritées. 6h de canoë par jour

Sophie prête pour pagayer

Sophie prête pour pagayer

Dimanche matin, le loueur de canoë nous dépose au point de départ de la rivière à Whakahoro. A 10h, nous larguons les amarres… C’est tout nouveau pour nous! Les instructions sont assez brèves et simples : « Prenez les rapides toujours bien au centre, c’est le plus sûr et surtout utilisez votre cerveau ». Nous voilà partis pour 160 km de descente. Après l’embarquement, déjà les premiers rapides sont en vue. Nous avons à peine 200 m pour nous mettre dans le bain.
Nos repères changent. Il faut s’adapter. C’est très différent de la marche, où nous sommes chacun autonome et où nous pouvons évoluer à notre rythme. Le canoë, lui, est toujours en mouvement. Les arrêts sont donc compliqués. Il faut tout anticiper, trouver le bon endroit pour accoster et ne pas se mettre trop contre le courant pour éviter tout risque de se renverser. Il faut également mettre en place une communication efficace et bien répartir les rôles. A l’avant, Sophie s’occupe de pagayer pour assurer l’impulsion, de visualiser les obstacles éventuels et d’annoncer les trajectoires pour prendre les rapides. C’est la tour de contrôle et le moteur de notre bateau. Je tient la barre. J’observe au loin afin de mener le bateau le plus droit possible et avec le plus de précision. Je contribue aussi à la mise en avant.

Go go go go.

Go go go go.

 

Nous ne sommes pas seuls, d'autres pagayeurs sur le rivière

Nous ne sommes pas seul, d’autres pagayeurs sur le rivière

Bridge to nowhere

Bridge to nowhere

Le canoë est un moyen de déplacement qui avance en diagonale. Un peu comme en ski où on se sert des quarts, on n’est jamais tout à fait plat et droit. De plus, chaque équipier fournit une impulsion contraire. L’un pousse en avant-droit, l’autre en avant-gauche et c’est la somme des deux qui fait avancer le bateau en ligne droite. Lorsque « la tour de contrôle » repère un obstacle (rocher, bout de bois, arbre, courant anormal…), elle informe de la direction à prendre. Les rapides sont des moments intenses où il faut prendre tout de suite les bonnes décisions. Dans la zone d’abord, Sophie se met debout pour identifier le meilleur tracé et les obstacles potentiels à éviter. Aussitôt, elle m’informe de la trajectoire puis nous nous lançons. Il faut nous positionner le plus précisément possible à l’emplacement choisi, en général au centre du « V » formé par le rapide, parfois  se décentrer de quelques mètres afin de corriger la dérive lors de la traversée. Les rapides secouent le bateau d’avant en arrière. Les vagues ont tendance à passer au dessus des rebords du bateau,. Pour Sophie, qui est à l’avant, c’est l’arrosage quasiment assuré. Nous pagayons fortement en entrant dans le courant afin de rester maîtres de notre embarcadère. Le courant pousse l’avant du bateau puis l’arrière ce qui demande d’anticiper ses effets afin de maintenir la trajectoire. C’est assez technique. Surtout qu’il n’est pas question pour nous de risquer un renversement  vu que nous avons avec nous toutes nos affaires (sac à dos, nourriture, vêtements, tente, duvets, matériel electronique). Au fil de la rivière, l’équipage de Voyage En Marche a trouvé ses marques. Cela a même plutôt bien fonctionné puisque nous avons échappé aux pièges de la rivière et sommes arrivés sans encombres à Whanganui.

En pleine action

En pleine action

Nous avons découvert durant cette traversée de magnifiques paysages. La rivière a creusé des gorges particulièrement profondes. Univers minéral et végétal se mêlent intimement. La faune arrive a trouver sa place sur les berges abruptes. Les chèvres sauvages, si adroite dans l’escalade des pentes les plus raides, ont tout naturellement peuplé les lieux. Des oies et des canards ont aussi pris possession de la rivière et y trouve un havre de paix pour se reproduire. Sur notre passage, nous assistons aux envols de ces magnifiques oiseaux. A chaque fois, nous arrêtons de pagayer et nous sommes émerveillés de ce spectacle. Nous nous amusons à observer les touts jeunes canetons qui s’entrainent à passer les rapides. La cane supervise l’apprentissage de ses rejetons. Elle s’envole d’abord, se pose sur un rocher un peu plus loin puis appelle ses petits. Ces derniers attendent le signal et se lancent en file indienne, le plus téméraire en premier, pour la traversée de petites vagues sous les encouragements sonores de leur mère. A l’embouchure, nous croisons de nombreux cormorans qui se dressent sur un rocher ou un morceau de bois mort. Ils utilisent ces promontoires naturels pour étendre leurs ailes et se sécher face au vent. Nous redécouvrons aussi la jungle sous un autre angle de vue après y avoir passer des heures et des heures de marche. Les plantes ont réussi à coloniser des parois verticales de roche. Il y a aussi de nombreuses rivières et cours d’eau qui viennent nourrir le flot de la rivière Whanganui. Ils jaillissent parfois en cascade majestueuse, semblant surgir des entrailles de la terre.

Rivières affluentes

Rivières affluentes

Downes Hut

Downes Hut

Downes Hut c'est cosy

Downes Hut c’est cosy

Whanganui river à l'amont

Whanganui river à l’amont

Whanganui river à l'aval

Whanganui river à l’aval

Après avoir quitté notre canoë à Whanganui, nous nous remettons en route. Depuis la ville de Palmerston, le chemin reprend la direction du bush en direction de Levin. Nous sommes heureux de retrouver nos sacs à dos et le rythme de la marche. Cependant, notre corps a besoin de se réadapter et signale quelques maux au démarrage. Les lombaires, les hanches et les épaules, bref les zones de portage, sont douloureuses. Il est étonnant de voir qu’en une semaine seulement, l’organisme pers ses habitudes. Le chemin dans le bush est plutôt bon mais la météo exécrable freine notre progression. Pendant plusieurs jours, nous vivons sous la pluie, les pieds dans l’eau et dans la boue. La jungle nous entoure de son humidité et les seuls « points de vue » ouverts qui pourraient nous changer un peu, sont réduites à des aires herbeuses faisant face à un épais manteau gris de brouillard. Au fur et à mesure de notre avancée, nos couches de vêtement se révèlent de moins en moins imperméables. Puis, quand vient enfin le temps de monter la tente, il n’y a point de répit dans cet univers humide. L’eau s’infiltre par capillarité ce qui donne une ambiance de moiteur à notre petit toit. Chaque vêtement, chaque outils doit être soigneusement rangé dans un sac plastique afin d’éviter toute propagation de l’humidité. Pour éviter d’être mouillé, nous cuisinons de l’intérieur de la tente. Le réchaud est posé à l’entrée et nous sortons le bras pour remuer la soupe ou le riz. Le matin, il faut remettre courageusement ses pieds froids dans des chaussettes trempées puis dans des chaussures gorgées d’eau. Cette étape qui devait nous offrir de beaux points de vues sur l’île du sud et la côte se transforme en une lutte contre l’humidité et le froid. Enfin, la dernière journée avant d’arrivée au village de Levin est en quelque sorte l’apogée de notre voyage en immersion dans le milieu aquatique. Nous traversons à gué un nombre incalculable de fois de nombreuses rivières dont l’eau vive provenant de la montagne est si froide qu’elle anesthésie directement les pieds au moindre contact. La pluie ne cesse de tomber. Le niveau de l’eau est donc assez élevé et le courant, parfois fort. Nous prenons notre temps à chaque fois pour choisir le bon endroit pour traverser. Nous sondons le fond avec un bâton de marche pour évaluer la profondeur. Lorsque cela semble s’avérer nécessaire, nous n’hésitons pas à s’accrocher l’un à l’autre, bras dessus, bras dessous, afin de sécuriser notre avancée. Cette technique conseillée par le Département of Conservation donne plus de force aux marcheurs, rendant le groupe, plus solide et la traversée, moins risquée.

Deux semaines placée sous le signe de l’eau se sont donc écoulée. Dessus, dessous, dedans…

Petite vidéo de notre descente en canoë :

 

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. BORIE CHALARD
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    Encore de superbes paysages et bravo pour votre adaptation à ce nouveau moyen de locomotion! Mais je ne vous envie pas pour marcher avec autant d’humidité!! Moi qui croyais que vous auriez pu faire une pause sympa pour voir gagner les All Blacks!! Raté!
    Bon courage pour la suite.

  2. Erika and Geoffrey Snedden
    Répondre

    Kia Ora Sophie and Pierre
    Enjoyed meeting you both at Waiopehu Hut, Levin, New Zealand last weekend. Been thinking of you – as the rain set in…hope you have had some great tramps – wondering whether you are now…
    Bless you heaps and happy travelling – the best is yet to come.
    Love the website!

    Arohanui ( maori for love)
    Erika and Geoff

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Hi Erika and Geoff,

      We were happy to talk with you during a evenning in Waiopehu Hut. Thanks for your thinks, we had one day under sunshine to walk to Dracophylum hut (9H) it was a difficult day with a lot of steeps on the rigdeline but ok. After Dracophylum we walked a half day to Nicholls Hut and we needed to stop because the rain and after the snow. We stopped 3 nights, we had got enought to eat. After it was very spectacular, you will see on our pictures and video.
      Regards
      Pedro and Sophie

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