Du 15 au 22 septembre : De Whangarei à Auckland 178 km

« Un p’tit coin d’ parapluie, contre un coin d’ paradis… »

Cette semaine, nous franchissons une étape importante : Voilà déjà un mois que nous marchons en Nouvelle-Zélande, environ 600 km parcourus, soit 1/5 ème du Te Araroa trail. Nous commençons à mesurer comment ce voyage nous façonne et combien le soutien des Néo-Zélandais est important pour nous accompagner dans les moments les plus difficiles… et les plus humides.

Après notre break à Whangarei, nous retrouvons le sentier à Ruakaka, petit village de la côte Est de l’île du Nord. Nous prenons la direction de Waipu Cove une bourgade située plus au Sud. Nous marchons d’abord sur la plage puis nous devons nous écarter du tracé afin de traverser la rivière de Waipu en empruntant un pont. En effet, à marée haute, il serait dangereux de tenter cela à pied. Nous cheminons le long des dunes puis l’océan laisse place à d’immenses pâtures où se prélassent quelques vaches laitières. Un agriculteur vient à notre rencontre. Il semble mécontent. Nous sommes, il est vrai, sur une propriété privée. « Avez vous refermé les clôtures? » lance -t-il un peu sèchement. Bien entendu, cela va de soit pour nous. Nous essayons de détendre un peu l’atmosphère en expliquant que nous habitons nous aussi dans une ferme etc… Il est un peu nerveux mais reste aimable. Il faut dire qu’ici depuis la suppression des primes de l’état, les petites fermes ont été remplacées par de grandes propriétés foncières détenues par des investisseurs richissimes qui emploient des ouvriers-fermiers à bas coût. Cet homme est un salarié, il ne veut pas d’ennuis avec son patron. Il nous raccompagne jusqu’à la sortie.

Estuaire de rivière et mangrove

Estuaire et mangrove

Depuis Waipu, nous suivons une route en gravelle en direction de Mangawhai à travers une forêt en pleine exploitation. Tous les pins sont arrachés, le paysage n’est pas franchement esthétique. Nous remarquons qu’il reste des montagnes de bois inutilisées, sans-doute issues des chutes de coupe des troncs pour optimiser le transport. Ce gaspillage nous invite à réfléchir. Le bois est une belle matière, noble et renouvelable. Cependant son exploitation de manière intensive est destructrice des paysages, de la biodiversité et génère de fortes pertes. C’est sûrement en partie l’excès de mécanisation qui explique cela, ou bien aussi l’organisation des marchés qui ne permet pas encore la valorisation de toute la ressource. Vers Langview, nous retrouvons la forêt primaire. Nous marchons sur un chemin herbeux avec de magnifiques vues sur la côte. La descente vers le village de Mangawhai traverse deux fermes, l’une est un élevage de vache Angus et l’autre un élevage de brebis. Les animaux vivent à l’extérieur toute l’année car les températures restent globalement clémentes. Le cycle de reproduction respecte le cycle de l’herbe. Ainsi, le printemps marque la fin de la période des naissances pour les veaux et agneaux. Les premiers rayons du soleil réchauffent les bêtes et donnent à la prairie une jolie couleur verte foncée qui annonce des jours encore plus chaud. Les pâturages sont situés sur des collines arrondies avec vue sur la mer. Les animaux sont paisibles et profitent d’un habitat 5 étoiles avec ces grands espaces et ce panorama. A Mangawhai, pour nous aussi c’est grand luxe ce soir avec un beau bivouac au bord de l’océan.

Des prairies verdoyantes en fin d'hiver c'est plutôt pas mal!

Des prairies verdoyantes en fin d’hiver c’est plutôt pas mal!

Le lendemain, nous partons sur la plage en direction de Te Araï point, située à environ 15km. Nous avons repéré un « camp site » basique pour passer la nuit. L’étape est volontairement raccourcie car la météo annonce une soirée  des plus humides. La fameuse « Heavy rain » (forte pluie) nous attend. Il nous faut donc nous mettre à l’abri suffisamment tôt pour ne pas tout tremper. Un couple de camping-caristes Néo-Zélandais en vacances en famille nous offre deux bières au gingembre. Quelques échanges plus tard, ils nous alertent de l’annonce d’un mini-tsunami sur la côte Est de la Nouvelle Zélande vers 23h à la suite d’un tremblement de terre au Chili. Ils nous rassurent sur le placement de notre tente bien en hauteur (sur une petite falaise au-dessus de la mer) et nous tiennent informé toutes les heures de l’évolution des informations. Heureusement, il n’y aura en fait pas grand-chose, tout au plus quelques vagues un peu plus fortes et plus hautes que d’habitude. En tout cas, c’est assez sympa de voir qu’ils se préoccupent de notre sécurité. Les températures, par contre, ont fortement chutées, inférieures à 10°C et le temps est toujours maussade. Une nouvelle journée de marche démarre par l’ascension d’un petit sommet « le Tamahunga » à 445m d’altitude. L’altitude n’est pas très élevée mais dans le bush et sous la pluie, c’est toujours  un peu plus difficile. Le sommet franchi, non sans mal, nous redescendons vers Matakana pour faire notre ravitaillement.

Descente sur la dune vers le ciel ou vers la mer?

Descente sur la dune vers le ciel ou vers la mer?

Du bleu, que du bleu

Du bleu, que du bleu

En marche vers Te Araï point

En marche vers Te Araï point

La roche volcanique de Te Araï Point

La roche volcanique de Te Araï Point

Un groupe de jeunes profite du soleil à Te Araï Point. A ma gauche Arana Shea Clarke O'keeffe un jeune Farmer salarié dans une ferme de 450 vaches laitières.

Un groupe de jeunes profite du soleil à Te Araï Point. A ma gauche Arana Shea Clarke O’keeffe un jeune Farmer salarié dans une ferme de 450 vaches laitières.

Nous repartons sous une pluie torrentielle. Miracle, Sophie trouve un parapluie certes un peu cassé mais qui permet de se mettre un peu à l’abri le temps de marcher le long d’une route assez passante. La générosité des néo-zélandais continuent encore de nous épater. Nous sommes trempés, les chaussures pleines de boues et le bas du pantalon marron jusqu’aux genoux, et malgré tout, un véhicule s’arrête à notre hauteur et insiste pour nous amener quelques kilomètres plus loin vers le point de départ du prochain sentier. Nous acceptons. Marcher le long de la route sous cette averse n’est pas des plus agréables. Déposés au début du chemin, nous partons en quête d’un lieu de bivouac potentiel, espérons-le, un peu au sec… Mais, c’est sans compter sur l’incroyable hospitalité des kiwis. Un 4×4 s’arrête. Brenda s’adresse à nous : « J’habite à deux pas d’ici. Vous n’allez quand même pas rester dehors sous cette pluie. Venez à la maison! C’est facile pour nous trouver, cherchez la seule barrière recouverte de bottes. » Etrange… Nous sommes comme d’habitude un peu surpris. Nous ne la connaissons pas et pourtant cette femme nous invite spontanément. La proposition de Brenda nous réchauffe déjà mais un mystère persiste, qu’est- ce que c’est que cette histoire de bottes sur une barrière ? Au bout de 500m, nous trouvons une maison avec des centaines de bottes et chaussures accrochées à l’entrée au fil barbelés. Au fond, le 4X4 de Brenda est garé. Pas de doutes, c’est bien là!

Brenda et Bern tout sourire de nous avoir reçus.

Brenda et Bern tout sourire de nous avoir reçus.

C’est le branlebas de combat, Bernard, le mari de Brenda, tout juste alerté de notre arrivée imminente, range rapidement un petit studio, déplie le clic-clac, et nous apporte des draps. Brenda nous propose une douche et nous invite pour le repas. Nous nous laissons porter. Nous passons ensemble une soirée sympathique, pleine de discussions animées sur l’éco-habitat, l’alimentation bio, l’environnement (des thèmes qui semblent très importants pour les néo-zélandais, tous nos hôtes abordent ces sujets avec nous), l’ouverture aux autres, le « Geo-catching » autrement dit, la chasse au trésor, une des deux grandes passions de Bernard. Il nous confie d’ailleurs un secret: dans une des bottes pendues à l’entrée de leur maison se trouve un indice précieux. Son autre passion est son « Banjo Bern’ », cliquer sur le lien pour mieux comprendre…  Tout cela autour d’un bon repas familial, poulet rôti et patate douces, vin pétillant local, tout simplement magique. Bernard évoque aussi avec nous le projet du gouvernement de changer le drapeau national.

Drapeau actuel de la Nouvelle Zelande

Drapeau actuel de la Nouvelle Zelande

Bien qu’indépendant, le pays a un statut particulier de  « dominion » en tant que membre du Commonwealth. Sur un fond bleu foncé, le drapeau actuel se divise en deux parties : le drapeau du Royaume-Uni, l’Union Jack se trouve dans le coin supérieur gauche. L’utilisation de l’Union Jack symbolise l’union avec le Royaume-Uni et l’affiliation de la Nouvelle-Zélande, dominée par quatre étoiles rouges à cinq branches liserées de blanc. Elles représentent la constellation de la Croix du Sud qui symbolise l’appartenance de la Nouvelle-Zélande à l’hémisphère sud. Le 22 septembre 2014, le premier ministre John Key, après la victoire de son parti, le Parti national, aux élections législatives a déclaré qu’il « était grand temps de bannir du drapeau national l’Union Jack qui symbolise l’ancien colonisateur britannique.» Un référendum est en cours, la décision définitive sera connue en mars 2016. Le coût de cette campagne a été faramineux. Cela exaspère Bernard qui estime que cet argent aurait pu servir à des projets plus utiles pour la société. Mais, peut-être, est-ce pour le premier ministre un premier pas vers une indépendance plus forte de la Nouvelle Zélande vis à vis du Royaume Uni, comme le firent dans le passé le Canada ou l’Afrique du Sud? Le président du comité d’étude pour le nouveau drapeau a déclaré que le jury était à la recherche d’un drapeau qui symboliserait la Nouvelle-Zélande comme « nation de progrès et de tolérance, connectée à son environnement, attentive à son passé et à son avenir ». Plusieurs propositions reprennent le motif de la fougère argentée, un symbole national utilisé dans le sport, notamment par les « All Blacks».

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Et si vous étiez Néo-Zéalndais, lequel choisiriez-vous?

Le lendemain matin, nous sommes encore dans notre p’tit coin d’paradis… toast, oeufs pochés « made in Bern’ », confiture de framboise et coupe du monde de rugby avec le match France-Italie à la TV… Un petit coin d’paradis que nous n’avions pas du tout envie de troquer contre un p’tit coin d’parapluie.

Derniers moments avant de quitter nos nouveaux amis.

Derniers moments avant de quitter nos nouveaux amis.

Nous nous remettons en route après avoir serré dans nos bras Bernard et Brenda comme de bons vieux amis. Prochaine étape : le Dome track, un sentier escarpé de 12km dans la forêt pour lequel nos trail notes annoncent environ 7 heures de marche. Nous l’avons bouclé en 5h30 sous une pluie battante et avec un rythme soutenu, sans doute portés par toute la chaleur humaine de Brenda et Bern’. A la fin du sentier, bonne surprise un petit café nous attend. Voilà qui tombe encore à point nommé! Exactement le genre de réconfort qu’il nous faut avant de partir à la recherche d’un lieu pour bivouaquer au pied du Krack Hill. Difficile de s’extirper de la douce torpeur mais on ne peut pas dormir dans le salon de thé et en plus, ils vont fermer. Sur la route, toujours mouillés, nous sommes de nouveau arrêtés par une Néo-Zélandaise en 4×4 qui nous invite à venir sur sa propriété pour monter notre tente sous un bâtiment afin d’être au sec car la nuit s’annonce pluvieuse et froide. Du pain béni, ça ne se refuse pas. La nuit a tenu ses promesses. Nous avons dû mettre tout nos vêtements, « multi-couches »  pour conserver un peu de chaleur. La journée qui suit va nous aider à nous réchauffer car nous devons rejoindre Puhoi, dernière ville avant Auckland ce qui représente environ 25km de marche et +1200/-1200m de dénivelés à avaler. Nous marchons en alternant, la forêt, les routes de gravelles, et les pâturages humides. Ca fait « ploc-ploc ». Le soir, nous bivouaquons à Waiwera à l’Est de Puhoi en direction d’Auckland dans un parc régional, sur le bord de mer. Il nous faudra encore quelques efforts pour traverser toute la zone péri-urbaine avant d’arriver à Auckland pour trois jours de repos bienvenus.

Mise en place de notre tente sous un abri prêté par des Kiwis.

Mise en place de notre tente sous un abri prêté par des Kiwis.

Prenons le temps de faire le point sur cette première étape de notre marche en Nouvelle-Zélande. Au quotidien, notre binôme fonctionne bien. Après 4 mois maintenant de voyage ensemble, chacun a son rôle en tête, on connaît les points de faiblesse de l’autre et on sait plutôt bien anticiper les petits coups de mou. On change pas une équipe qui gagne. Ensemble, nous avons découvert des plages démesurées, les parcourant parfois pendant des centaines de kilomètres, des forêts sauvages aux sentiers boueux et aux dénivelés imprévisibles qui vous coupent les jambes, des oiseaux par milliers dont on commence à connaître les noms et les chants, quelques hommes et femmes qui vivent sur ce territoire immense avec une joie de vivre et un sens de l’accueil hors du commun! Bref, l’aventure est au rendez-vous. Côté sac à dos, les 12/15kg se sont beaucoup fait sentir pendant les trois premières semaines. Si maintenant nous y sommes accoutumés, notre corps reste marqué de quelques stigmates liés au portage : épaules rougies, pointes des hanches en « peau de poulet brunie » pour tous les deux, et pour Pedro, encore quelques kilos de perdus (environ -15 kg depuis notre départ le 15 Mai…renouant ainsi avec son poids de jeune homme). Les étapes sont souvent corsées. Pas une journée sans 700m de dénivelés positif et négatif, et fréquemment supérieur à 1000m de dénivelé positif le tout sur des distances moyennes de 25 km. On commence à avoir la forme. L’alimentation est maitrisée mais des manques sûrement psychologiques commencent à se faire sentir. Nous nous ruons sur n’importe quel fish-and-chips, fast-food, et autres temples de la malbouffe lorsque nous retrouvons la civilisation et nous sommes capables d’ingurgiter des quantités gargantuesques de nourritures lors de nos haltes ravitaillement. Il faut dire que notre voyage a débuté il y a maintenant plus de 120 jours et que notre menu quotidien de base ne se compose que de pâtes ou riz et de muesli.
L’aventure continue, l’état moral et physique des troupes est bon, alors êtes-vous prêt à nous suivre? Allez, en route! Le Te Araroa nous attend… Encore 2400km et environ 4 mois de marche.

Traversée de l'estuaire d'une rivière sur la plage. C'est très froid!

Traversée de l’estuaire d’une rivière sur la plage. C’est très froid!

En pause sur la plage.

En pause sur la plage.

En vidéo avec la participation de Brenda et Bern, Bandjo Bern :

 

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Commentaires du site

  1. BORIE CHALARD
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    Super les Kiwis! J’espère que vous pourrez visionner avec eux un France Nelle Zélande de rugby s’il y en a un dans la coupe du monde! Et une fois de plus bravo à vous qui continuez à braver la pluie! Je suis tjs aussi étonnée par cette succession de plages interminables, de pairies et de forêts! Bon repos à Auckland.
    Nicole BC

  2. Guillaume W.
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    Toujours autant de plaisir à voyager en votre compagnie à travers le récit de vos péripéties.
    A bientôt pour la suite. 😉
    Guillaume

  3. Jean-Louis VOLLIER
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    Bonjour les amis,
    Formidable ! j’admire votre forme et je prends plaisir à vous lire…Votre récit me confirme l’hospitalité et la spontanéité néo-zélandaise que nous sommes en train de perdre en France !
    Petite question au sujet des forêts : reste-t-il suffisamment de forêt native protégée (qui m’avait impressionné par ces fougères géantes et des arbres énormes) et que les colons anglo-saxons ont détruite pour installer les verts pâturages d’aujourd’hui ?

    • Pedro et Sophie
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      Hey Jean Louis

      merci piur tes compliments, c’est agréable et on y pense fort lorsqu’il pleut et que l’on doit passer une forêt avec bcp de dénivelé.
      Oui tu as raison les NZ ont une sacrée capacité d’accueil, c’est même déconcertant parfois. Je ne désespère pas nous avons fait aussi de très belles rencontres en France.
      Il reste encore quelques forêt primitives, celles que nous traversons, les plus escarpées ou les plus protégées par des parcs naturels. Cependant la déforestation continue notamment au profit de l’élevage laitier en plein boom en ce moment. Ils rachètent des fermes à tout va et abattent des arbres pour étendre leur surfaces de production. L’élevage laitier est dans une bulle, il approvisionne essentiellement le Royaume Uni gâce à la parité dollars NZ/Livre sterling et aussi un protectionisme intérieur (le gruyère est à 140 $ le kg soit 70€ env). L’herbe pousse encore bien le climat et le sol riche en matière organique fonctionne bien mais attention l’érosion est hallucinante, nous le voyons tous les jours.

      Amicalement
      Pedro et Sophie

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