Du 15 au 21 décembre : De Boyle à Arthur’s Pass 113 km

“Le plus grand arbre est né d’une graine menue.” Lao-Tseu, philosophe chinois.

Forêt de Beach trees

Forêt de Beech trees

Cette étape nous emmène à la découverte d’une voie chargée d’histoire. Les Maoris utilisait cette route à travers les Alpes pour accèder aux mines de jade sur la côte ouest. Plus tard, les explorateurs européens ont eux aussi franchi le col d’Harper Pass pour chercher de l’or vers 1860. Le sentier est peu à peu tombé en désuetude avec la construction d’une véritable route de montagne à Arthur’s Pass.

Le parc national de Sumner Lake se compose de plusieurs vallées verdoyantes entourées de montagnes de moyenne altitude. De belles prairies sont peuplées de nombreux troupeaux de vaches et de moutons. L’eau abonde, provenant des nombreux torrents qui dévalent les sommets alentours et confluent dans les rivières au fond des vallées. Plusieurs zones humides offre un habitat idéal aux oiseaux : oies sauvages, canards whio, sternes. Le sentier ondule le long des flancs rocheux. Il emprunte une succession de ponts supendus au-dessus des cours d’eau,  sautant de vallée en vallée. Nous traversons de somptueuses forêts de Beech trees (Nothofagus). Ces arbres de la famille des Hêtres sont spécifiques à l’île du sud de la Nouvelle-Zélande. Dans le parc national, il n’y a pas d’exploitation forestière. Nous pouvons admirer d’imposants spécimens âgés de plusieurs centaines d’années. Ces rencontres végétales nous inspirent paix et force. Nous n’avions jamais vraiment pris le temps d’observer les arbres auparavant. Passer sa main sur le tronc et sentir toutes les aspérités et irrégularités. Lever la tête vers la canopée, observer les jeux de lumières du soleil qui percent au travers du maillage des feuilles. Apercevoir un oiseau perché sur une branche souple et se laisser emplir de son chant. S’asseoir au creux des racines, dos contre l’écorce et fermer les yeux. Se connecter à l’instant et toucher du doigt la plénitude comme si l’arbre nous communiquait un peu de sa sérénité. S’imaginer que l’on aurait tout aussi bien pu naître arbre qu’humain…

Il faut des siècles pour en arriver là

Il faut des siècles pour en arriver là

Vallée

Vallée

Encore une petite traversée

Encore une petite traversée

Il a neigé sur les sommets

Il a neigé sur les sommets

Hurunui Hut N°3

Hurunui Hut N°3

 

J’ai lu un ouvrage qui m’a particulièrement plu récemment, Graines d’espoir – Sagesse et merveilles du monde des plantes. L’auteur, Jane Goodall, célèbre primatologue spécialisée dans l’étude des chimpanzés, y dépeint une veritable ode à l’univers végétal. Au fil des pages, on découvre à quel point les plantes sont fascinantes. Je n’imaginais pas qu’elle disposait par exemple de facultés de communication permettant de s’alerter les unes les autres de l’arrivée d’insectes nuisibles et de produire des composés rendant la saveur des feuilles rebutantes. On y apprend entre autres que les racines des arbres s’enfoncent souvent aussi bas que la hauteur de l’arbre au-dessus du sol et qu’elles peuvent se déployer trois fois plus loin que les branches! On découvre qu’au Népal, dans les religions bouddhiste et hindoue, les deux arbres sacrés, le banian d’Inde et le figuier des pagodes sont souvent plantés ensemble et symboliquement mariés par une cérémonie ritualisée pour apporter bonne fortune aux hommes. L’auteur relate aussi l’incroyable lien qui existe entre les différents arbres d’une forêt. Elle explique que certains forestiers ont pris conscience de l’existence d’arbres-mères qui assure un rôle de protection pour les jeunes arbres et les aident à puiser leur nourriture par un ingénueux système d’échanges au niveau des racines. L’expérience leur a montré qu’en abattant ces arbres, ils privent les jeunes plants des ressources necessaires à leur croissance et inhibe leur developpement. La lecture de ce livre remet entre autre les choses à sa place et amène encore une fois l’humain à revoir sa position anthropocentrée et à adopter une certaine humilité face à la nature qui l’entoure.

Changement de temps dans la vallée

Changement de temps dans la vallée

Pont de singe! Pas de jeu de mots SVP

Pont de singe! Pas de jeu de mots SVP

Harper pass en vue

Harper pass en vue

Petite Hut 2 places, cosy

Petite Hut 2 places, cosy

Sur notre chemin, nous reconnaissons aussi les Manukas, arbrisseaux de la famille des Myrtacée, à fleurs blanches et parfumées, parfois mieux connu sous le nom anglais de Tea-tree. L’huile essentielle de cet arbre a des vertus antiseptique, antifongique et décongestionnante. Mais, c’est surtout le miel de Manuka qui est particulièrement réputé pour ses propriétés médicinales. Ce miel est efficace sur des bactéries multirésistantes (entérocoque et Staphylocoque doré, Streptococcus pyrogenes) gràce à l’un de ses composés le peroxyde d’hydrogène et semble avoir des propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes hors du commun. Il est très utilisé en milieu hospitalier pour les soins des plaies, notamment le traitement des ulcères et des brûlures. Les fleurs ne sont pas en reste. Nous observons aussi de très beaux renoncules alpins en montant vers le col d’Harper Pass. De l’autre côté de la vallée, le changement de décor et de climat est saisissant. Il fait chaud, vraiment chaud pour la première fois depuis notre arrivée en Nouvelle-Zélande. Les Beech trees ont laissés la place aux Dracophyllum, de petits arbres dont la croissance est extrêmement lente et que nous avions déjà vu dans le parc national des Tararuas au nord de Wellington. La vallée s’élargit. Un immense lit de pierres et de galets s’etend face à nous. La rivière principale, Taramakau, serpente en de larges lacets. La signalétique du sentier est quasiment absente sur cette section et pour cause : la rivière tumultueuse doit fréquemment sortir de son lit, inondant les berges et provoquant de nombreux dégats. Les arbres couchés, un peu partout, les effondrements de terrain en bordure, les amas de pierres de part et d’autres, témoignent des colères passées de Taramakau. Heureusement pour nous, le temps est au beau fixe, nous ne risquons rien à nous aventurer dans le fond de la vallée. Néanmoins, nous passons une journée difficile à se tordre les chevilles en marchant sur ces grosses pierres instables. Nous devons trouver notre chemin par nous-mêmes. L’imbroglio d’arbres et de branches à terre sur les berges nous oblige à suivre les caprices du cours d’eau. Nous traversons à gué un nombre incalculable de fois, en ayant souvent de l’eau jusqu’à mi-cuisse. En effet, comme le conseille nos « trail notes », il ne fait pas bon emprunter cette section par temps de pluie…

Encore quelques efforts vers le Harper pass

Renoncule alpin et un insecte

Renoncule alpin et un insecte

Elle est pas belle la vue!

Elle est pas belle la vue!

Locked stream hut

Locke stream hut

Nous arrivons finalement à Arthur’s Pass, petit hameau à 740 mètres d’altitude. L’auberge de jeunesse, le Mountain Horse, a bien reçu notre colis de nourriture envoyé depuis Wellington mi-novembre. Mais, il y a une surprise pour nous, un autre colis! Il contient un saucisson… de biche! Nous reconnaissons aussitôt le nom de l’expediteur, une randonneuse croisée il y a une semaine dans un refuge du parc national de Nelson Lakes, qui s’inquiétait beaucoup de notre régime alimentaire quelque peu fruste. Nous avions échangé avec elle sur notre prochain point de chute et elle nous avait promis un petit cadeau. Voilà qui agrémentera parfaitement notre plat de pâtes pour le réveillon! Mille mercis Wendy!

En vidéo :

 

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Commentaires du site

    • Pedro et Sophie
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      Thanks Hilton and Melva! Hope you have had an happy christmas time. We will arrive at lake Tekapo for new year!
      XXX Sophie and Pedro

  1. Philo
    Répondre

    Magnifique, vraiment superbe ! Vos récits (textes et photos) sont bluffants de qualité ! Heureux de voir, la semaine dernière, que les gènes du papalpiniste ont été bien transmis. Le pied montagnard cela veut dire quelque chose même si presque tout peut s’acquérir avec la patience et la volonté. Votre aventure est pleine et entière, elle est physique aussi et c’est cela qui en fait toute sa force. On pense bien à vous deux. Biz. Philo.

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci Philo! Bon finalement ca marche bien comme ca! On espere que vous avez passé un bon Noël. Vous devez être à Longré maintenant. On vous telephone dès que nous arrivons à Geraldine. Gros bisous

  2. BORIE CHALARD
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    Je viens de lire les 2 derniers épisodes. Toujours des paysages fabuleux, particulièrement du 6 au 14.12. Mais toujours aussi difficile!
    J’espère que vous trouverez des coins sympas pour passer Noël et la fin de l’année!
    Je vous souhaite pleins de bonheurs à venir.
    Nicole

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