Du 01 au 07 Septembre : Ahipara à Paihia 142 km

A la découverte du « Tramping » dans les forêts de l’île du nord

Mardi, nous sommes partis d’Ahipara en direction de la forêt d’Herekino située à 9km. Sur le chemin, nous repensons à la gérante de l’auberge de jeunesse qui en nous saluant pour notre départ nous a dit « Préparez-vous au pire… ». Pas très engageant. Herekino est la première partie d’une série de 3 forêts à traverser entre Ahipara sur la côte ouest de l’île vers Paihia à l’Est. Ce sont trois étapes réputées difficiles du trek. D’après les quelques récits que nous avons lus, elles marquent souvent les corps et les esprits.

Chemin boueux et humide

Chemin boueux et humide

Nous arrivons au pied du sentier dans l’après-midi avec l’objectif d’avancer un peu avant la fin de la journée afin de bivouaquer à proximité d’un point d’eau. Le début nous met directement dans le bain. Nous attaquons par une montée très raide d’environ 800m de long avec des marches en bois pour retenir la boue. La forêt ne ressemble en aucun point à celles de nos régions tempérées, plutôt composées de feuillus ou de résineux. Il s’agit plus d’une jungle comme on pourrait en trouver dans des zones tropicales. Elle s’organise en 4 couches: au sol on trouve des mousses et lichens assez gros qui prennent parfois l’apparence du corail. La seconde strate, très dense, est peuplée de grandes fougères et de roseaux. Ensuite, la troisième couche est constituée de palmiers et d’un maquis d’environ cinq mètres de haut. La quatrième et dernière partie, ce sont les Kauris ou plutôt Kaori en Maori. Ce sont des arbres géants qui peuvent mesurer jusqu’à 50 mètres de haut avec une circonférence imposante de 10 mètres. Certains spécimens ont plus de 2 000 ans. Les Kauris ont malheureusement été surexploités. Il n’en reste que 4% aujourd’hui. Pour ne rien arranger, ils sont actuellement victimes d’une maladie, un champignon phytophage, qui les attaque.

Du lichen ou du corail?

Du lichen ou du corail?

Tintin reporter

Tintin reporter

Le décor est planté mais il faut ajouter que le chemin n’est pas franchement entretenu. Il est certes plutôt bien balisé pour l’instant, mais les arbres au sol, les branches cassées, les lianes et les racines ralentissent énormément la progression. Pendant la traversée de cette jungle, nous avons  eu le sentiment de vivre un véritable corps à corps avec la végétation : les lianes attrapent votre sac, les feuilles de roseaux lacèrent vos mains et obstruent la vue, les troncs tombés au sol vous obligent à escalader, à s’aplatir, à se contorsionner et parfois à trouver un détour et créer votre propre chemin, la boue absorbe vos pas et demande un effort considérable pour s’en extirper, les rivières vous obligent à sauter ou à retirer vos chaussures pour essayer de maintenir encore quelques heures de plus vos pieds au sec. Il nous a fallu 8h30 de marche pour venir à bout de la jungle d’Herekino. C’est plutôt pas mal car certains randonneurs ont mis jusqu’à 3 jours pour traverser cette étape de 15km!
Après cette première épreuve, nous sommes un peu fatigués mais rassurés de savoir que le lendemain, nous marchons sur une route forestière de 11km, au sec. Chaque étape est reliée à une autre par des étapes dite de connexion. Ces jonctions de plus ou moins longue distance sont des moments agréables où la marche est franche, rapide et légère. Elles longent parfois des petites routes, traversent des sous bois par de jolis pistes. Cela permet de découvrir la vie des campagnes et en plus cela a le mérite d’être assez reposant.

Vue sur les prairies néo zélandaises

Vue sur les prairies néo zélandaises

Entre deux forêts

Entre deux forêts

Nous arrivons jeudi vers 14 heures à l’entrée de la forêt de Ratea. Nous décidons d’avancer un peu car l’étape s’annonce difficile : + 1200m / -1200m de dénivelés, sur 18km de jungle. Nous devons en plus faire le plein d’eau (+4kg chacun) car il n’y a pas de source en chemin. Le lendemain matin, nous démarrons assez tôt vers 7h30. Raeta compte 4 sommets avec un point culminant à 770m, sachant que notre point de départ est à 100m d’altitude. Nous partons donc en vue du premier sommet. La montée est difficile avec une jolie côte de 200m de dénivelés sur moins d’1km de distance. Néanmoins, nous avons le sentiment de progresser rapidement. Il est difficile d’avoir des repères visuels comme en montagne étant donné que la végétation ne permet pas de voir à plus de quelques mètres devant soi. Lors des pauses, nous nous amusons à estimer notre avancée: 3km? 3,5km par heure? Eh bien non, loin de là… Le GPS calcule une progression au rythme d’environ 1 km voire 1,5km/h. Un peu désespérant quand on sait qu’il y a presque 20 km à faire dans la journée! Nous donnons notre maximum dans cet imbroglio de branches, racines, feuilles et boue.

Des triangles oranges comme marquage

Des triangles oranges comme marquage

Pas de chance, en début d’après midi, la pluie se met à tomber et il ne s’agit pas d’une petite averse mais bien d’une pluie très forte qualifiée ici de « Heavy rain ». En Nouvelle-Zélande, dans les prévisions météorologiques, il y a 4 niveaux de pluie : Absence, Faible, Forte (= Heavy) et Torrentielle. Nous avons donc fait l’expérience de ce qu’était des précipitations importantes le temps d’une après midi dans la forêt . Et bien, on sait que la prochaine fois, il vaudra mieux rester sous la tente ou dans une auberge si on ne veut pas être trempés jusqu’aux os, matériel inclus. Sur la fin de l’étape, nous sortons avec soulagement de cette jungle et nous découvrons un paysage magnifique, proche des alpages que nous connaissons bien avec de grands conifères, des pâturages d’estives peuplés de troupeaux de vaches et de chevaux. C’est toujours sous une très forte pluie et épuisés que nous traversons ces grandes étendues avec comme seule idée en tête : trouver de l’eau, monter la tente et ôter nos vêtements trempés. Nous avons marché presque 10h.

Les estive, c'est pas beau ça!

Les estive, c’est pas beau ça!

Samedi matin, nous décidons de ne pas nous engager dans la troisième forêt, Puketi, qui était au programme. En effet, Il a plu toute la nuit sans discontinuer et il est formellement déconseillé de traverser cette zone lorsqu’il y a eu des précipitations importantes car le sentier passe dans des gorges et suit même pendant plusieurs kilomètres le lit d’une rivière. De toute façon, l’ensemble de nos affaires sont mouillées, nous avons froid et les provisions sont au plus bas.
C’est donc en stop que nous voyageons jusqu’à la prochaine ville, Kerikeri pour nous ravitailler. Pene, notre premier chauffeur, un Maori de 45 ans avec des bras aussi gros que les cuisses de Pedro, nous transporte jusqu’à Okaihau. Pene est très sympathique. Il est le père de neuf enfants de 10 à 27 ans. Il a le coeur sur la main: avant de nous quitter, il nous offre un poisson qu’il a fumé lui-même pour notre dîner. Nous n’attendons pas plus de 15min pour qu’une autre voiture s’arrête. Là, c’est un couple de Maori qui nous conduit : elle est institutrice, il s’occupe de l’entretien de l’école. Durant le voyage ils nous expliquent qu’ils ont voyagé en France car le mari jouait troisième ligne centre dans l’équipe Maori de Rugby de Nouvelle-Zélande. Ils nous transportent jusqu’à Kerikeri au pied d’une auberge de jeunesse qu’il connaissent bien. C’est une pause réparatrice qui nous attend. Nous pouvons enfin nettoyer et faire sécher l’ensemble de nos affaires et nous préparer pour la journée du lendemain.
Dimanche, nous avons prévu une étape de 22km à travers la forêt entre Kerikeri et Paihia. Le chemin est très bon car il s’agit d’une route forestière large. La piste débouche sur un point haut surplombant la Baie des Islands, le « bassin d’Arcachon » Néo Zélandais. La mer est bleue turquoise, transparente. On aperçoit une multitude de petites îles volcaniques.

La bay des Islands

La baie des Islands

Paradisiaque

Paradisiaque

Durant ces six jours, nous avons découvert ce qu’est le « Tramping », mot Anglais, enfin plutôt néo-zélandais, qui n’a pas de traduction en Français et pour cause il n’y a pas d’équivalent chez nous. En gros, c’est un sentier sauvage que l’on doit parfois tracer soi-même et qui traverse des zones très préservées sans aucun aménagement. En bref, qui dit tramping dit difficile voire très difficile! Nous avons également découvert une végétation quasi vierge de toute activité humaine et vécu un des aléas météo de la Nouvelle Zélande. Ces apprentissages devraient nous servir à préparer encore mieux nos étapes futures et nos itinéraires.

Quelques images et bivouacs de cette étape dont on se souviendra :

 

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. segault
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    tramping, je croyas que c’était à cause des « heavy rain » 😉 du franglais quoi…
    Quelle température fait-il, la nuit, la journée?
    A+

    • Pedro et Sophie
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      Salut Clément! Merci pour ton message. La journée il fait entre 12 et 18 degrés et entre 4 et 8 la nuit. Pas hyper chaud donc mais c’est normal, ce n’est que le tout début du printemps.

  2. BORIE CHALARD
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    Bravo les amis! Quelles galères! Et comme c’est surprenant cette succession de paysages complètement différents: de la jungle aux prairies en alternant!
    Bonne continuation. Nicole Bc

    • Pedro et Sophie
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      Merci Nicole. Il ya aussi des moments un peu difficiles, en effet. Cela fait aussi partie de l’aventure. Les paysages sont incroyablement diverses et changent tout le temps… comme la météo ! 10 minutes de grand beau / 10 minutes de pluie…

  3. Pauline
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    Les estoniens croient que les arbres vous procurent de l’énergie. Vu la taille des troncs… Vous allez êtes en forme 🙂

    • Pedro et Sophie
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      Ils ont raison… C’est pour ça que les Maoris sont si costauds d’ailleurs 😉 Je suis sûre que ça nous aide 🙂

  4. Laurent
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    Salut vous deux !
    Une chose est sûre, impossible de se lasser !!!
    Même si vous êtes « sous nos pieds », c’est comme si on était avec vous (l’effort et la douleur en moins 😀 ) !
    Bonne continuation et au prochain compte-rendu 😉

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci Laurent! On sent bien que vous êtes avec nous et rien qu’à l’idée de faire voyager nos petits Anciens d’Esse, on a des ailes. Nous avançons à la force de nos jambes bien-sûr mais c’est aussi toute l’énergie positive produite, par vous tous qui nous suivez, qui nous donne envie d’aller de l’avant et nous remonte le moral dans les moments un peu plus difficiles. En bref si on arrive à faire tout ça, c’est en partie grâce à vous! Continue à nous envoyer tes bonnes ondes, on les reçoit 5/5 😉

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