9ème semaine : de Saint-Martin-Lalande (11) à Montbel (09)

Le pays cathare ariégeois 72 km

Vendredi 10 juillet, 7H17… La 9ème semaine de Voyage en Marche démarre avec une nouvelle péripétie. Avec l’autorisation d’un agriculteur, nous avons bivouaqué sur une bande enherbée au bord d’un champ de haricot près du canal du midi. Mauvaise surprise ce matin, le canon à eau qui assure l’irrigation du champ se met en marche dans un bruit tonitruant. Sultan et Rahan sont pris de panique et nous avons juste le temps d’entrouvrir la porte de notre tente pour les apercevoir fonçant droit sur la clôture, arrachant le fil au passage, nous évitant de justesse et galopant ventre-à-terre vers la plaine du Lauragais. Montée d’adrénaline immédiate, nous voici à moitié habillés lancés à leurs trousses. Nous les perdons de vue presque tout de suite car ils fuient à vive allure. Ils traversent la route nationale qui mène à Castelnaudary. Je m’attends à tout moment à entendre des crissements de pneus, des klaxons et pire encore… mais rien. Ils ont dû passer sans encombres. Coup de fil à la gendarmerie. Prévenir le camping où nous avons dormi la veille. En effet, avec notre première mauvaise expérience dans les causses, nous émettons l’hypothèse que Sultan et Rahan vont reprendre le chemin de la veille en sens inverse. Louison nous a rejoint pour nous aider dans nos recherches. Delphine s’occupe de ranger le bivouac et de garder nos affaires.

Sur les traces de Sultan et Rahan

Sur les traces de Sultan et Rahan

Nous faisons du stop pour essayer de nous poster à un endroit stratégique pour les intercepter. Les commerçants des villages que nous traversons nous confirment que deux petits chevaux noirs sont bien en vadrouille et suivent le GR sans se tromper sur près de 10 km… Notre salut viendra d’une jeune fille de 15 ans, Galla. Prévenue par des gens du village que des chevaux étaient en fugue, elle a pensé qu’il pouvait s’agir des siens et s’est donc dirigé vers le lieu indiqué avec des carottes. Elle a trouvé nos deux compères dans un champ de luzerne en plein ravitaillement. Elle a facilement pu nous prévenir car sa mère avait pris en stop Pedro quelques minutes plus tôt qui lui avait laissé ses coordonnées. Bref, nous avons retrouvés nos deux compagnons sains et saufs, en bonne compagnie, récompensés de leur fugue par une montagne de carottes. Encore une belle frayeur…

Galla et Dorian ci à gauche ont rattrapés nos chevaux

Galla et Dorian ci à gauche ont rattrapé nos chevaux

Après cette matinée animée, nous quittons, sur le bord du canal du midi, nos amis, Delphine et Louison, qui reprennent la route du retour. Nous entamons une nouvelle course contre la montre car nous avons rendez-vous avec un maréchal ferrant à Fanjeaux (09) dans 3 heures et il y a presque 20 km à faire. Pas question d’annuler ce rdv que nous avons eu beaucoup de mal à obtenir. Nous donnons le maximum sous une chaleur de plomb pour arriver à l’heure.

Seance de maréchalerie

Séance de maréchalerie

Jerome maréchal ferrant sur Carcassonne

Jerome maréchal ferrant sur Carcassonne

A Fanjeaux, nous prenons deux jours de repos dans un camping à la ferme. Nous avons le moral en berne. Cette deuxième échappée des chevaux a mis nos nerfs à rude épreuve. Nous essayons de comprendre le pourquoi du comment. La peur chez le cheval est quasiment ancrée dans les gènes et assure la survie de l’espèce. Nous ne pouvons pas lutter, il faut l’accepter. Le cheval reste avant tout une proie, il n’ y a généralement pas de demi-mesure dans ses réactions de panique. Nous sommes fatigués de maintenir presque 24H/24 notre vigilance. Nous sommes obnubilés par le fait de prendre soin de Sultan et Rahan. Alors quand ce genre d’incident arrive malgré tout, c’est difficile à vivre. Nous craignons un accident mais comme chacun sait la peur n’évite pas le danger. Paradoxalement, nous ressentons que les liens avec nos chevaux sont de plus en plus forts.

Vue sur les Pyérénnées à l'arrivée dans l'Ariege

Vue sur les Pyrénées à l’arrivée dans l’Ariège

A nous quatre, nous formons un petit troupeau hétéroclite mais un troupeau quand même. La confiance se gagne au fur et à mesure que le chemin se déroule sous nos pieds. Nous parlons de mieux en mieux cheval, notre langage corporel et notre capacité à écouter nos amis équins se sont améliorés. Nous arrivons à anticiper leurs réactions en fonction des petits signaux qu’ils nous envoient: mouvement d’oreille, frémissement de la peau, déplacement des postérieurs, hochement de tête, port de queue, ouverture des naseaux. La connexion est là, équilibre fragile, une sensation subtile et enivrante d’être sur la même ligne de communication. Alors, oui parfois l’instinct de proie peut reprendre le dessus et rompre à tout instant ce lien mais cela n’enlève rien à la magie de l’expérience que nous vivons avec Sultan et Rahan. Nous devons simplement apprendre à accepter avec humilité ce côté imprévisible et sauvage qui fait aussi partie d’eux.

Mirepoix la ville

Mirepoix la mairie

 

Mirepoix la place centrale

Mirepoix la place centrale

Après l’étape de Fanjeaux, nous arrivons en Ariège à Mirepoix. Cette ville est un haut lieu du Catharisme qui rassembla plus de 600 hérétiques au XIII ème siècle. Elle fait face au massif de Tabes. Nous sommes gracieusement hébergés par Anaïs, monitrice d’équitation au centre REC Farm d’Elisabeth de Corbigny, un grand nom de l’équitation éthologique pour les non-initiés. Nous profitons de cette halte pour mettre à jour le blog et nous ravitailler.

De joyeuses voyageuses

De joyeuses voyageuses

Un spectacle pour voyager

Un spectacle pour voyager

Puis, notre chemin nous mène à Camon, petit village médiéval avec son joli prieuré et ses remparts. Cette immersion en plein pays cathare est l’occasion d’un petit rappel historique. Le Catharisme est une doctrine médiévale qui oppose le bien et le mal (manichéisme) sur fond de croyances chrétiennes. Elle a connu un essor important du X au XIII ème siècle. Les cathares sont appelés « Hérétiques » par leurs opposants de l’église catholique romaine. Le mouvement se caractérise par un refus des rites de l’église catholique. Les « parfaits », sont les représentants de cet ordre religieux et sont soumis à une vie ascétique qui prône le travail en petite communauté et avec la particularité du refus de toute alimentation carnée, symbolisant un respect inconditionnel de toute forme de vie. Pour mettre fin à cette hérésie, le pape Innocent III lança en 1208 une croisade contre les Cathares, plus connue sous le nom de croisade contre les Albigeois. La lutte armée se poursuivit dans le Midi tout au long du XIII ème siècle. Elle fût relayée avec succès sur un plan spirituel par l’institution de l’Inquisition, créée en 1231 pour s’enquérir des convictions de chacun et convaincre les cathares de revenir vers la foi catholique, apostolique et romaine.

Le prieuré de Camon

Le prieuré de Camon

Rahan et Pedro sous le porche de Camon

Rahan et Pedro sous le porche de Camon

Dessin de Camon

Dessin de Camon

Enfin, nous terminons la semaine au bord du Lac de Montbel. Ce site a un petit goût de station balnéaire avec ses zones de baignades, sa petite guinguette-buvette en bord de plage, et son camping un peu roots. Nous en profitons pour prendre un peu de bon temps avant de continuer notre route.

Sophie au pansage face au lac de Montbel

Sophie au pansage face au lac de Montbel

 

Vue sur le lac de Montbel

Vue sur le lac de Montbel

Vue sur les Pyrénées au dessus du Lac d Montbel

Vue sur les Pyrénées au dessus du Lac de Montbel

Vidéo de notre 9ème semaine :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. Marjorie
    Répondre

    Coucou ! On savait déjà qu’Eric n’était pas n’importe qui, mais là on n’a plus de doute !!
    Oui, que d’émotions, et au final, ouf, rien de grave… Pas de catastrophe ni de petite blessure, tant mieux. Le premier but approche, comment vous sentez-vous ? Fatigués, sans doute, et sereins pour la suite du voyage ? En tous cas, merci pour ces belles photos !
    Ici dans notre coin de Bourgogne, c’est la sècheresse, nous donnons du foin aux chevaux, çà y est… (et aux vaches aussi d’ailleurs.) Du coup, sympa de voir un peu (beaucoup) de vert.
    Bonne continuation !

  2. Pauline
    Répondre

    Si parfois les connexions humain-équin se fragilisent, soyez sûres des connexions qui vous relient à nous.

Poster un commentaire

CommentLuv badge