6ème semaine : De Le Sec (48) à La Couvertoirade (12)

Des Causses et des cailloux… 119 km

6 semaines de marche et plus de 800 kilomètres parcourus, notre petite caravane a maintenant son rythme de croisière. L’organisation est plutôt bien rodée, chacun sa place, chacun son rôle. Les chevaux marchent très bien. On sent qu’ils ont la forme avec cet entraînement quotidien. Les montées se font à une vitesse impressionnante et j’avoue que je préfère souvent laisser Sultan en liberté, corde sur l’encolure, parce qu’il m’est difficile de tenir la cadence et que je ne veux pas le gêner. Il est gentil, il m’attend de temps à autre ou tourne la tête quand je suis trop loin derrière, l’air de dire « Allez, viens, rejoins-moi ». Rahan est beaucoup plus serein. Lui, qui sursautait quasiment à propos de tout et de rien, prend plaisir à prendre la tête du cortège et à montrer son courage. L’état physique et moral des troupes est bon. On ne sait plus trop quel jour on est mais on se sent pleinement en connexion avec la nature qui nous entoure, avec nos chevaux et nous-mêmes. On a l’impression qu’on pourrait continuer à marcher comme cela à l’infini.

Pedro Rahan et Sultan face à Sainte Enemine

Pedro Rahan et Sultan face à Sainte Enimie

Ce matin-là, Sultan et Rahan ont dû sentir que notre aventure était un peu trop sereine justement. Alors ils se sont dits pourquoi pas mettre un peu de piment!? Nous avons bivouaqué cette nuit dans le causse du Sauveterre, au bord d’une lavogne, un point d’eau créé par les éleveurs. Il fait beau, le soleil brille, nous rangeons nos affaires. Sultan et Rahan sont en liberté « surveillée » comme d’habitude, c’est à dire que le parc a été démonté et que nous les laissons autour de nous avec le licol et la longe qui traîne au sol. Il y avait pas mal de vent, après coup, on se dit que ça a dû être un facteur décisif… Rahan s’éloigne un peu, va traîner vers le chemin blanc qui longe la lavogne. Il est aux aguets, les oreilles dressées. Je remarque son attitude et dit à Pedro qu’il serait peut-être bien de le ramener plus prêt. Pas le temps de réagir, Rahan marche sur sa longe et le mousqueton de sécurité lâche. Avec Pedro, on observe la scène, impuissants. Il relève vivement la tête, puis en un quart de seconde, il prend conscience qu’il est totalement libre de ses mouvements. Le vent, un « je-ne-sais-quoi-qui-lui-monte-au-cerveau », enfin, toujours est-il qu’il démarre au grand galop la queue relevée, en remontant le chemin blanc. Immanquablement, Sultan ne met pas longtemps pour se décider à le suivre et nous voilà, laissant tout le bivouac en plan, lancés à leurs trousses. La petite plaisanterie va quand même durer 3 heures. Nos compagnons ont pris tout le GR que nous avions parcouru la veille, dans le sens inverse. Ils ont une excellente mémoire ou alors ils savent lire les marquages car ils ont du choisir leur chemin sur une bonne trentaine d’intersection et ne se sont jamais trompés. On préfère ne pas imaginer comment ils ont traversé les deux routes goudronnées de l’itinéraire… Nous avons vite été épuisés à les suivre. Deux chevaux au galop, ça va vite, très vite. Pedro m’a semé. J’ai croisé un agriculteur en tracteur, Alain qui m’a proposé gentiment de me déposer sur le GR un peu plus en amont en contournant par la route. L’idée fût la bonne. Après un coup de fil à Pedro qui continuait à suivre attentivement les traces des chevaux, j’ai pu vérifier qu’ils étaient encore sur le GR. On s’est posté avec Alain en travers du chemin. Au bout de 10 minutes, Sultan et Rahan sont arrivés en trottinant. Ils ont été un peu étonnés de me voir à 100 mètres. Rahan s’est arrêté pour brouter. J’ai appelé Sultan qui est tranquillement venu me rejoindre, l’air un peu soulagé que tout cela se termine. Ils étaient trempés de sueur. En un instant, la pression est redescendue… Quelle frayeur! Comme quoi avec les chevaux, on est d’éternels apprentis. Il faut toujours se remettre en question.

Sainte Enemine vue dans le village

Sainte Enimie vue dans le village

Arrivée Sainte Enemine

Arrivée Sainte Enimie

Nous reprenons la route en même temps que nos esprits. Nous avons de la chance pour l’étape du soir. Le bivouac nous est exceptionnellement autorisé par le maire de Sainte Enimie sur les bords du Tarn. La journée se termine donc beaucoup mieux qu’elle avait commencée avec une longue baignade dans la rivière avec nos chevaux. Le lendemain, une longue et raide montée nous attend pour nous hisser au-dessus des gorges du Tarn. Nous découvrons le causse Méjan, un plateau semi-désertique fait d’herbe jaunes, de buissons épineux et de cailloux. Quelques troupeaux de moutons peuplent cet environnement hostile. Nous croisons très peu d’habitations. La chaleur est étouffante. Nous devons être vigilant sur nos réserves en eau et chercher les tonnes à eau disséminées sur le plateau pour abreuver les chevaux. Après le col du Perjuret, la verdure regagne du terrain et la forêt reprend ses droits, l’air ambiant est moins sec, plus respirable. Nous montons en direction du Mont Aigoual. Ce sommet mythique culmine à 1567 mètres et abrite une station météorologique. C’est un endroit connu pour son climat redoutable: 4,8 degrés de température moyenne, des rafales de vents fréquentes, des tempêtes mémorables. Nous nous arrêtons un moment pour profiter du site et du panorama exceptionnel.

Lever de soleil en haut du Mont Aigoual

Lever de soleil en haut du Mont Aigoual

Nous avons assisté dans le froid au lever du soleil

Nous avons assisté dans le froid au lever du soleil

En haut du Mont Aigoual

En haut du Mont Aigoual

Ca souffle en haut du Mont Aigoual

Ca souffle en haut du Mont Aigoual

Dans le parc naturel des Cévennes, nous suivons de jolis sentiers dans la forêt. Nous rencontrons un berger qui s’occupe de 1800 brebis en estive. Il nous fait part de ses inquiétudes suite à une attaque récente de loups sur le troupeau du voisin. En fin de semaine, nous atteignons le causse du Larzac, aussi sec, caillouteux et désertique que les autres. L’arrivée à La Couvertoirade est surprenante. Nous découvrons un joli petit village fortifié qui date du XII ème siècle et un moulin à vent sur la colline.

Les Cevennes

Les Cevennes

Vue typique du Causse du Larzac

Vue typique du Causse du Larzac

Coucher de soleil dans le Larzac

Coucher de soleil dans le Larzac

Cette 6ème semaine de voyage restera marquée par la fugue de nos chevaux. L’aventure est au rendez-vous avec ses hauts et ses bas. Heureusement, les péripéties se terminent bien. La prudence reste de mise.

Rue principale de la Couvertoirade

Rue principale de la Couvertoirade

La Couvertoirade construction typique

La Couvertoirade construction typique

Les remparts de la Couvertoirade : Forteresse imprenable

Les remparts de la Couvertoirade : Forteresse imprenable

Retrouvez le 6 eme episode de voyage en marche :

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Commentaires du site

  1. tete de mulet
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    Ben on se demande s’il existe un seul voyageur avec des chevaux (ou des ânes ou des mulets) qui ait échappé à l’histoire de la fugue. Si ça peut vous consoler, on y a déjà eu droit cinq fois en un an ! Pourtant on prend des précautions. Enfin du moins, on pense en prendre. Mais c’est qu’elles ont plus d’un tour dans leur sac, les coquines ! Superbes régions, que vous traversez là, que nous connaissons bien, nous autres, têtes de mulet !

  2. BORIE CHALARD
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    Toujours autant de plaisir à vous suivre dans ces régions que j’aime tant! Et gare aux fugues! Stevenson a eu bien du mal sur son chemin des Cévennes avec son annesse (chemin que j’ai parcouru l’an passé)
    Nicole BC

  3. clement
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    En vous lisant chaque semaine, je m’interroge, était-ce utile d’aller au bout du monde chercher l’aventure? Votre périple hexagonal atteint déjà de tels sommets…

    • Pedro et Sophie
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      Merci Clément. Oui il y a un beau paysage à voir au pied de sa porte, encore faut-il avoir les yeux et l’esprit disponible ce matin là, ce qui n’est pas toujours possible avec nos emplois du temps.

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