5ème semaine : De Maurines (15) à Le Sec (48)

Du Plateau de l’Aubrac aux Causses du Sauveterre 143 km

Pendant cette semaine, nous traversons trois départements : Le Cantal, l’Aveyron, la Lozère, et trois régions naturelles : Le Plateau de l’Aubrac, la vallée du Lot et le Causse du Sauveterre.

Vue sur le plateau de l'Aubrac

Vue sur le plateau de l’Aubrac

Nous découvrons d’abord l’Aubrac, un haut plateau granitique situé à plus de 800m d’altitude. Ce plateau verdoyant est occupé principalement par des prairies où broutent des vaches de race Aubrac. Le Buron est encore présent sur le territoire de l’Aubrac mais il ne sert plus à produire le fromage local : le Laguiole. Ce fromage à pâte pressée non cuite équivalent au Salers et au Cantal est désormais produit à partir du lait de vaches de races Simmental et Montbéliardes. Le lait est collecté en ferme et transformé à la coopérative de Laguiole. Dans les années 2000, il ne restait plus que trois Burons qui produisaient du Laguiole de manière traditionnelle à partir de vaches  de race Aubrac. Au mois d’Août 2007, la répression des fraudes et protection du consommateur a fermé les Burons et conditionné la réouverture à une mise aux normes importante. Les Buronniers n’ayant pas réussi à franchir le pas de la modernisation, ils ont dû quitter la montagne et ont créé une coopérative à Laguiole pour maintenir leur produit. Depuis, la race Aubrac est élevée exclusivement pour la viande, de plus en plus issue de génisses obtenues par croisement d’une vache Aubrac avec un taureau Charolais et vendue sous le label « Fleurs d’Aubrac ».

Taurillons Aubrac et croisés Charolais Aubrac

Taurillons Aubrac et croisés Charolais Aubrac

Taurillons aubrac et croisés

Taurillons aubrac et croisés

Bivouac sur le plateau de l'Aubrac

Bivouac sur le plateau de l’Aubrac

C’est un triste constat que nous faisons depuis notre arrivée dans le Cantal. Les productions traditionnelles et leurs races de vaches rustiques et adaptées au terroir ont été réorientées vers une certaine standardisation. Ce constat s’explique par une évolution rapide des normes et par la difficulté des éleveurs et du marché à s’y adapter. Espérons que les initiatives de quelques-uns puissent, entre autre grâce au tourisme, préserver ces méthodes et l’authenticité de ce territoire.

Les burons renaissent actuellement pour l’hébergement touristique, transformés en lieu de restauration pour certains, ou d’accueil de randonneurs, pour d’autres. C’est dans l’un d’entre eux, le Refuge des Rajas que nous avons repris des forces après une journée sous le rude climat du plateau (brouillard, pluie battante et vent de face.). Ce buron est à la croisée des chemins de Saint Guilhem et du tour des Monts d’Aubrac. Denise accueille ses randonneurs avec un large sourire depuis 1997. Avec son mari et son fils, elle a redonné vie au refuge pour héberger les randonneurs, avec au menu : feu de cheminée, aligot, daube de boeuf « Fleur d’Aubrac » produit à la ferme et fromage du coin. Le refuge est situé à 12 km du village d’Aubrac qui compte seulement 10 habitants. A l’origine, ce sont des chevaliers qui y ont construit  au moyen-âge un hospice pour protéger les pèlerins de Compostelle des brigands. Le petit bourg vit principalement au travers de ce sentier mythique.

Sultan et Rahan dans le brouillard à l'arrivée au refuge des Rajas

Sultan et Rahan dans le brouillard à l’arrivée au refuge des Rajas

Vue à partir du refuge des Rajas

Vue depuis le refuge des Rajas

Petite citation découverte dans la très belle exposition de la Maison de l’Aubrac :

« Il faut bien comprendre que même chez les sédentaires les plus absolus, même dans un bureau, la vie s’apparente philosophiquement et donc spirituellement à une marche. Aucun philosophe ne peut le nier, aucune religion non plus. Et cela ne concerne pas que les intellectuels mais tout le monde. Aujourd’hui, ceux qui partent recherchent, peut être inconsciemment, peut-être pas, à se raccrocher à des valeurs en réaction à une société qui se perd en confusions multiples. On part, en pèlerinage ou ailleurs, pour avancer et puis un jour, on trouve quelque chose, on rencontre une vérité. Vous pouvez l’appeler Dieu, ou comme vous voulez, c’est la vérité de l’être. Aller à Compostelle, c’est aussi marcher vers l’Ouest vers la partie obscure de nous même. Vous savez qu’au tout début de l’Eglise, on ne baptisait que les adultes. On les faisait se tourner vers l’Ouest en leur disant : « Renonce à l’obscurité de ton âme ». Père Thérondel.

Sur le plateau de l’Aubrac nous avons retrouvé Cristina, une amie. Habitante depuis peu de Laguiole, Cristina nous a accueillis avec l’aide de Sophie et Jean Antoine qui ont hébergés nos chevaux. Nous avons profiter d’une journée de repos à Laguiole pour déguster les produits locaux un « Mac Aubrac »  sorte de hamburger local servi soit avec de l’Aligot soit avec de la Truffade, mélange de pomme de terre et de tome fraîche : plaisir délicieux mais un peu lourd à digérer! Cet arrêt nous a permis de recharger les batteries, nettoyer les vêtements et ainsi de repartir d’un bon pied pour affronter le climat humide et venteux de l’Aubrac.

Cristina et Sophie

Cristina et Sophie

Laguiole la fontaine pour abreuver nos chevaux

Laguiole la fontaine pour abreuver nos chevaux

Nous quittons l’Aubrac après avoir franchi le col de Bellecombe et entamons une longue descente vers la vallée du Lot en passant par Saint Germain du Theil. Le changement d’ambiance est brutal, : on passe d’un plateau verdoyant et humide à des coteaux arides et calcaires. L’air dans la vallée est sec et chaud, les éleveurs doivent s’adapter avec des productions de luzernes et privilégier la production d’agneaux qui s’adapte mieux à cet environnement. Sur le chemin, nous bivouaquons chez Raymond et sa femme, un couple d’éleveurs qui exploite une petite ferme morcelée de 70 ha dans la vallée. Ils ont 40 vaches, d’anciennes laitières devenues des allaitantes, encore une histoire de mise aux normes compliquée. Nous traversons la vallée du Lot et le village de Banassac-La-Canourgue avec son autoroute, son pont, sa nationale, son rond point, sa circulation dense et rapide, ses poids-lourds et même un passage d’avions Rafale, bref un coin idéal pour les chevaux! Durant cette traversée épique, il nous faut occuper le milieu de la route afin d’obliger les automobilistes à ralentir et à s’écarter des chevaux. C’est un moment un peu stressant pour toute la petite équipe. Nous réussissons à nous extirper par une piste cyclable à l’écart de tout ce tumulte. Nous profitons d’un coin de prairie dans le village pour reposer les chevaux et abaisser la tension. Rahan s’écarte un peu dans la prairie pendant que nous discutons du chemin. Je (Pedro) décide de le rattraper et trébuche dans un trou. Dans l’action, Rahan prend peur et m’envoie son postérieur en ruade qui termine sa course dans mon épaule. Au final, rien de grave, quelques égratignures, un bon bleu, mais la preuve par les faits que les villes trop chargées en circulation ne sont pas faites pour nos amis les chevaux. Nous ferons en sorte à l’avenir de les éviter soigneusement.

L’incursion dans la vallée du Lot est brève. Dès la sortie de Bannassac, nous montons sur le Causse du Sauveterre. Le territoire subit encore une forte rupture. Nous découvrons un plateau calcaire situé à 500m d’altitude coincé entre le Lot et le Tarn. Cet espace de près de 600 km2 est une zone sèche et absolument désertique, impression de bout du monde. Les quelques éleveurs courageux qui ont choisi de s’y installer, creusent des lavognes, sorte de mare, dans les veines d’argiles afin d’essayer de stocker un peu d’eau en surface pour leurs animaux. En effet, sans ces sites aménagés, l’eau de pluie ruisselle et pénètre rapidement à travers la roche, laissant le sol désespérément sec. Dans ce contexte, nous devons être vigilant à renouveler notre stock d’eau et à s’informer auprès des habitants des points d’abreuvement disponibles pour bivouaquer et subvenir aux besoins des chevaux.

Sainte Urcize

Sainte Urcize

En une semaine, nous avons traversé trois terroirs complètement différents. Le paysage, le climat, les habitations et les productions se modifie en quelques kilomètres. La nature plutôt hostile de ces zones oblige l’homme à s’adapter.

Avec en image le cinquième épisode de la saga Voyage En Marche :

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Commentaires du site

  1. Marjorie
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    Bonjour !
    Une étape qui résonne tout particulièrement pour moi l’Aveyronnaise ! Se canto a bercé mon enfance !
    N’allez-vous pas avoir du mal à laisser Sultan et Rahan vos compagnons de route au moment de vous envoler vers d’autres contrées ?
    Merci encore pour ces belles images, que de vert et de bleu. Bonne continuation à vous.

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci Marjorie pour les encouragements.
      Tu as peut être raison Sultan et Rahan vont surement nous manquer au fin fond de la Nouvelle Zélande mais leur voyage c’est aussi d’aller dans leur troupeau avec leurs frères et soeurs dans la montagne.

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