Du 23 janvier au 02 Février : De Te Anau à Bluff 225 km

Les derniers pas sur le Te Araroa

Nous quittons Te Anau sous un ciel maussade. L’étape en vue promet une marche à travers des forêts de hêtres et des zones de pâtures en enchaînant de bons dénivelés. Bluff est au bout du chemin et pourtant la fin nous paraît encore loin. La Nouvelle Zélande tient en effet, avant que l’on ne la quitte, à nous proposer ce qu’elle a de plus pénible : des trombes d’eau, du froid et des  milliards de sandflies… peut-être pour que nous ne regrettions pas trop notre départ prochain!.

Aparima river

Aparima river

Takitimu track

Takitimu track

Les dernières forêts du chemin sont particulièrement boueuses. Le sentier de Takatimu s’aventure aussi dans des marais et traverse une zone d’élevage tout aussi humide. Depuis notre départ, nous n’avions jamais subi une pareille météo. Les nuages sont poussés depuis l’océan, au Sud vers les contreforts montagneux de Longwood, Woodlaw et Takatimu, au Nord. Bloqués, compressés, essorés telle une éponge entre les doigts d’une main, les énormes cumulus déversent toute l’eau qu’ils contiennent sur les montagnes, les pâtures, le chemin, arrosant au passage généreusement les marcheurs. Tout notre esprit est mobilisé pour soutenir les efforts du corps : marcher d’un bon rythme pour lutter contre l’hypothermie. Le matin, nous entrons dans nos vêtements de pluie en sous-vêtements afin de ne pas tremper inutilement d’autres affaires. Je vous passe la description du moment le plus agréable où l’on enfile ses chaussettes trempées de la veille alors qu’il fait sept degrés dehors. Les premières gouttes tombent sur les épaules. L’humidité pénétrante nous refroidit rapidement. Les pieds sont aux premières loges. Les zones de marais, les hautes herbes gorgées d’eau et l’épaisse boue des sentiers forestiers ne leur laissent aucun répis. Ce n’est pas le moment de se laisser aller, c’est là que l’on mesure la force du mental. Nous essayons de continuer à avancer coûte que coûte, évitant au maximum de faire des pauses. Nous accélérons le pas autant que possible. Dans la forêt, cela semble un peu mieux : les arbres nous abritent comme ils le peuvent. Mais la pluie a toujours le dernier mot. Les feuilles collectent l’eau et parfois, l’une d’entre elles plie sous le poids des gouttes, déversant d’un seul coup un seau d’eau sur nos têtes. Nous ressentons chaque impact, d’abord, par l’annonce d’un bruit sourd « ploc » puis,  par la sensation de cette eau qui infiltre rapidement nos vêtements. « Touché ! » semble-t-elle bientôt s’exclamer… Puis, vient ensuite un « Coulé ! » triomphant. Ces assauts répétés nous transforment en une goutte géante qui ruisselle sur le sentier. A ce moment-là, l’esprit doit tenir bon pour piloter un corps qui ne demande qu’une chose : s’arrêter, se débarrasser de toute cette eau et trouver une source de chaleur extérieure. Malheureusement, cette section du Te Araroa est une des rares sur l’île du Sud qui ne compte pas de hut. La tente est notre seul refuge. Chaque soir, nous essayons tant bien que mal de nous sécher et de réchauffer nos pieds et doigts ridés. L’eau est entrée partout : dans notre sac, nos vêtements et notre tente. Ces six jours à lutter contre le froid et l’humidité nous paraissent bien long. Mais, même poussés dans nos derniers retranchements, nous tenons bon. Le Te Araroa dans un dernier râle tente d’en finir avec ses trampers.

Colac Bay

Colac Bay

"Mer en vue"

« Mer en vue »

Enfin le soleil!

Enfin le soleil!

Tihaka beach track

Tihaka beach track

Mores Reserve

Mores Reserve

Les falaises de Tihaka beach

Les falaises de Tihaka beach

Au bout d’une semaine de marche, nous atteignons la côte et retrouvons la mer. Le vent pousse les nuages, le soleil réapparaît enfin. Cela marque aussi pour nous le retour à la civilisation et les délices d’une bonne douche chaude. Maintenant que nous sommes au sec, nous pouvons envisager la fin de notre periple. L’émotion commence à se faire sentir dans notre équipage : « Mer en vue! » me signale Sophie. A Colac Bay, nous prenons conscience que Cape Reinga, notre point de départ est bien loin. Nous avons suivi la direction du sud depuis 5 mois, maintenant ce cap à un rythme de 20 kilomètres par jour environ. Notre corps est en parfaite santé, peut-être, ne l’avons nous jamais connu aussi bien? Nous avons pris soin de notre véhicule à deux jambes en choisissant une alimentation adaptée, un bon matériel et en prenant autant de repos que nécessaire. Les Néo-Zélandais ont bien souvent aussi contribué, par leur accueil et leur bienveillance, à la réussite de cette traversée.

Dernière pause sur Oreti Beach

Dernière pause sur Oreti Beach

Riverton

Riverton

Vue sur le village de Riverton

Vue sur le village de Riverton

Estuaire de Riverton

Estuaire de Riverton

Oreti beach

Oreti beach

Les derniers kilomètres sur la plage

New River Estuary

New River Estuary

Sally et Dino sont nos anges-gardiens pour la dernière ligne droite. Ils habitent à Riverton, un village de 1400 habitants situé au bord d’un estuaire, à deux jours de marche de Bluff. Nous avions rencontré Dino, une semaine auparavant, sur le chemin, alors qu’il pêchait avec son petit fils. Il nous avait alors invité à nous arrêter chez eux lors de notre passage à Riverton. Il faut dire que Dino est un amoureux du Te Araroa. Il a participé à l’elaboration du tracé et fait partie de l’amicale du sentier. Il a déjà marché l’intégralité du chemin deux fois et rêve d’entreprendre une troisième traversée, accompagné cette fois de sa femme, Sally. Nous trouvons facilement la maison de nos amis kiwis gràce aux indications qu’ils nous avaient fournies. Leur demeure est perchée sur une petite colline qui surplombe l’estuaire avec une magnifique vue vers l’océan. Un  petit mot d’accueil nous attend sur la porte : « Pedro, Sophie, si nous ne sommes pas encore là, entrez, installez-vous dans la chambre avec les lits jumeaux, mettez-vous à votre aise, nous serons présents ce soir pour dîner avec vous ». Au moment, où nous prenons connaissance de ce message, Sally ouvre la porte et nous accueille chaleureusement. Pendant le dîner, Dino nous propose de rester dormir chez eux jusqu’à notre départ pour Christchurch, dans quatre jours. Ils veulent nous accompagner au mieux pour les dernières étapes qui nous séparent de Bluff. Sally fait la navette pour venir nous chercher le premier jour à Invercargill puis le deuxième jour à la fin du parcours. Elle nous ramène le soir à la maison afin de profiter de bons petits plats mitonnés avec amour et d’un vrai lit, avec de vrais oreillers et de vrais draps! Dino m’offre spontanément un présent très précieux pour lui : un polo brodé sur la poitrine du logo Te Araroa, une pièce unique que son ami, Geoff Chapple, le fondateur de ce long chemin lui avait donné. Nous sommes touchés par l’extraordinaire générosité de ce couple. Ils se mettent réellement en quatre pour nous faire plaisir. A notre arrivée au Stirling Point, à Bluff, qui marque la fin du Te Araroa, Sally nous fait une belle surprise : une table dressée d’une jolie nappe nous attend. Elle a tout prévu : une bouteille de champagne, d’élégants verres à pied et quelques gateaux maison pour célébrer cet évenement particulier. Sally s’est aussi procuré auprès du conseil municipal d’Invercargill deux plaques commémoratives attestant de notre parcours sur le Te Araroa. Nous n’imaginions même pas en rêve un comité d’accueil comme celui-ci. L’émotion est grande à cet instant.

Welcome to Bluff

Welcome to Bluff

Les derniers instants à Bluff

Les derniers instants à Bluff

Des fleurs à Bluff

Des fleurs à Bluff

Foveaux Walkway

Foveaux Walkway

Vue sur Stewart Island

Vue sur Stewart Island

Stirling point en vue

Stirling point en vue

Arrivée ...

Arrivée …

1401 km de Cape Reinga notre point de départ

1401 km de Cape Reinga notre point de départ

Sally à l'arrivée

Sally à l’arrivée

Trophées en main

Trophées en main

Après 161 jours d’aventure, nous avons parcourus 3 300 kilomètres et gravi 82 940 mètres de dénivelés cumulés. Nous ressentons une immense joie d’avoir partagé ce périple tous les deux. Me revient en mémoire les doutes qui nous avaient occupé l’esprit durant les premiers kilomètres sur la Ninety Miles beach, après avoir quitté Cape Reinga. Je me souviens de nos discussions sur le poids de notre sac et de nos interrogations sur notre capacité à marcher aussi longtemps. Puis, le Te Araroa a fait son travail, il a sculpté notre corps à coup de burin : les genoux, les épaules, les pieds… et a renforcé le mental. Cette vie en immersion dans la Nature nous a conquis. Je me sens plus que jamais faire partie de ce tout, animal humain que je suis.

Abbey road pour Lego en marche

Abbey road pour Lego en marche

Happy lego en marche

Happy lego en marche

Notre dernière semaine sur le Te Araroa en vidéo :

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

    • Pedro et Sophie
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      Salut Jeff
      Merci pour ton message. Quand penses tu partir sur le TA? Tu comptes marcher vers le sud ou vers le nord?
      N hesites pas a nous contacter si tu as des questions.
      A plus
      Sophie et Pedro

      • Jeff
        Répondre

        Bonjour Pedro et Sophie,

        Je voulais l’entamer cette année du Nord au Sud comme vous (pour des raisons de météo au Sud principalement). J’avais démissionné mais la société n’a pas voulu me laisser partir avant décembre, ce qui était un peu tard pour entamer le périple.
        Du coup, j’ai accepté un nouveau poste.
        Ma principale hésitation est mon age (46) car le monde du travail devient impitoyable pour les « vieux » !
        Ce qui ne m’empeche pas de vous suivre !
        Bonne continuation
        Jeff

  1. AnnetSam
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    Bravo à tous les deux
    Nous avons subi cette météo vers Arthur pass et nous nous imaginons ce que c’est dans les marais et forets que vous avez traversés.
    Encore félicitation

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci pour votre message les trampers! Vous etes encore en Nouvelle Zelande?
      Quelle section de l ile du sud avez vous preferée? Avez vous fait de belles rencontres? Et Abel Tasman c etait chouette?
      Bonne continuation les voyageurs,
      On vs suit sur votre blog,
      Sophie et Pedro

  2. Annie et Jean-François ABALAIN
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    Sophie et Pierre Antoine.
    Grâce à Louis de Hautpoul (Mazamet)
    Nous avons suivi votre périple et en particulier votre dernière étape en Nouvelle Zélande qui a été dure et vous a poussés dans vos limites.
    Bravo à vous d’avoir su résister à ces conditions difficiles.
    Nous ne manquerons pas de vous suivre dans vos aventures à venir.
    Comme quoi Hautpoul et Louis avec son café du matin sont un « générateur  » de belles rencontres.

    Amicalement
    Annie et Jean-François
    (De Brest, chez Louis lors de votre passage à Hautpoul)

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Bonjour Annie et Jean-Francois,
      Nous nous rappelons bien de vmnotre rencontre a Haut-Poul et de l’inoubliable père Louis! Nous sommes contents de savoir que vous voyagez avec nous à travers les récits de notre aventure. Partager avec les autres, donne beaucoup de sens à notre marche.
      Amitiés
      Sophie et Pedro
      Ps: avez-vous des nouvelles de notre cher Louis? A-t’il fait de belles rencontres de voyageurs cet hiver?

  3. Jean-Louis VOLLIER
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    Totalement accro de votre exploit !
    Vraiment, un très grand merci de nous avoir fait découvrir ce sentier formidable qui traverse un pays que j’ai découvert en 2010 et qui m’a marqué à jamais !
    Merci aussi de nous avoir fait partager votre sensibilité et vos échanges chaleureux avec les autres randonneurs ou ceux qui vous ont hébergés ! que de souvenirs…!
    Nous sommes donc désormais privés de la belle fougère symbole de ce pays du rugby et du mouton, mais nous aurons bientôt la pampa de Patagonie et d’autres paysages…
    Bon vol au dessus du Pacifique !
    Amitiés

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Ah ah. Salut l’ami.
      De rien, nous apprécions de faire voyager notre entourage et bien d’autres.
      Amitiés JL
      Pedro

  4. Vincent Mauffré
    Répondre

    Quel dernier épisode ! Une véritable conclusion dans laquelle resurgissent avec emphase les arguments marquants qui ont jalonné de votre dissertation ambulatoire. Une nature qui vous a poussé sans ménagement au delà de vos derniers retranchements pour vous confier ce qu’elle a de plus simple et de plus beau. Son vrai visage, brut, pur, brutal et saisissant. Celui qu’on ne peut acheter mais qui se mérite, celui qui s’offre à vous et que l’on savoure tel sa toute première madeleine. Mais cet épilogue est également la certitude que la générosité désintéressée existe et touche, même à des milliers de kilomètres de là…

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci Vincent pour ton message qui nous touche beaucoup. Nous avons beaucoup pensé à vous en marchant… et on se disait, qu’avec Susie vous apprecieriez certainement de vivre une aventure comme celle-ci. Si un jour (quand les petits lardons auront bien grandi ) l’envie vous prend, surtout ne vous posez pas trop de qiestions… Foncez!
      On vous embrasse bien fort tous les 4
      Soph et Pedro

  5. Nicole BC
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    Ça y est, vous l’avez fait! 3300 bravos!! Et une partie de la fin fut épique avec toute cette pluie! Mais à nouveau de chaleureuses rencontres! Cela résume bien cette fabuleuse New Zealand! Et quel plaisir de vous lire! Encore une fois j’ai vécu la pluie si bien décrite avec vous (je ne vais pas vous dire qu’ici, en Limousin, il pleut bp aussi et que dimanche les chemins étaient très boueux! )
    Bonne suite de voyage. Nicole BC

    • Pedro et Sophie
      Répondre

      Merci beaucoup Nicole pour ce message. Nous sommes touchés de savoir que vous continuez à nous suivre dans cette aventure. C’est chouette de savoir qie d’une certaine facon, on voyage ensemble…
      Nous sommes en Patagonie depuis une semaine. Les paysages sont somptueux. On mettra bientot des nouvelles sur le blog.
      Bonnes balades en Limousin!
      Amitiés
      Sophie et Pedro

  6. philippe
    Répondre

    un grand, GRAND BRAVO a tous les 2. Felicitations pour votre belle aventure en AoTearoa.
    Et merci pour partager votre carnet de route et la qualite de vos documents. Superbe.
    A bientot…a Bluff autour d’huitres et de moules ? :-))
    Philippe le ‘coq & kiwi ‘

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