11ème semaine: D’Auzat (09) à l’estive de L’étang de Lers (09)

La fin d’une longue transhumance avec nos Mérens, Sultan et Rahan de Lasserre

Pendant notre périple ces 3 derniers mois, nous avons souvent imaginé ce moment où nous laisserions nos compagnons rejoindre leur troupeau en estive. La veille nous commencions à sentir notre coeur se serrer à l’idée de nous séparer de Sultan et Rahan. Nous étions loin de nous douter que nous allions passer une journée aussi riche en émotions.

Au village de Saleix avant de monter à l'estive

Au village de Saleix avant de monter à l’estive

Rue principale de Saleix

Rue principale de Saleix

Saleix

Saleix

Mais, tout d’abord, l’heure est au bilan. Voici nos impressions après ces 75 jours de voyage et 1500 km avec nos chevaux à travers la France:

Ce qui nous a plu: La relation avec nos chevaux, plus forte, plus proche. La vie au grand air, le contact avec la nature 24h/24. Les rencontres avec les habitants, leur hospitalité, les échanges. Le bonheur que l’on a pu procurer aux gens en partageant notre aventure à travers le blog ou lors des rencontres en chemin. L’énergie positive générée par ce projet. La vie à deux, se sentir complémentaire, savoir que l’on peut compter l’un sur l’autre dans n’importe quelles situations. Découvrir ensemble, s’émerveiller, refaire le monde. Faire le point avec soi-même, sentir l’apaisement au fur et à mesure des jours de voyage. Etre heureux tout simplement. Vivre pleinement l’instant présent.

Ce qui fût plus difficile: La vigilance 24/24 pour gérer nos chevaux. Les deux échappées de nos compagnons. Sentir l’autre en détresse et avoir des difficultés pour trouver la bonne façon de l’épauler. Supporter la chaleur caniculaire au dessus de Montpellier et voir Sultan et Rahan peiner. Les conducteurs irrespectueux et dangereux. Les traversées d’agglomération. Les difficultés parfois rencontrées pour trouver un endroit de bivouac. La frustration de nos chevaux face à l’herbe parfois insuffisante.

Rahan a entendu le troupeau

Rahan a entendu le troupeau

Ce que nous avons appris: Mieux comprendre nos chevaux, améliorer notre façon de communiquer avec eux. Anticiper et ressentir leurs besoins, savoir les écouter, les protéger. Rester humble face à la nature en général. La force des éléments. La rareté de l’eau. Accepter les comportements de peur et de fuite de nos chevaux . Maîtriser son sang froid dans les situations délicates (traversée de villes, passage difficile). Etre solidaire l’un pour l’autre, faire attention et prendre soin l’un de l’autre. Mieux appréhender les qualités et les défauts de chacun, savoir vivre avec et aider l’autre à surmonter les moments délicats. Cultiver la tolérance. Aller à la rencontre des gens en laissant de côtés tous les à-prioris. Recevoir, donner et se rendre compte que cette ouverture sur l’autre apporte un bonheur profond. Affronter chaque jour l’inconnu. Développer sa spontanéité, faire confiance à son instinct. Ne plus rien avoir et pourtant n’avoir jamais autant été. Accepter les évènements comme il se présente, ne pas chercher à tout contrôler. Vivre le chemin, oublier la destination. Sentir son corps se redresser jour après jour, respirer à nouveau à plein poumons et voir son organisme se fortifier et s’endurcir. Utiliser quotidiennement tous ses sens et decouvrir de nouvelles sensations. Revenir à l’essentiel, se débarrasser du superflu.

L'estive de l'étang de Lers (Massat - Ariège)

L’estive de l’étang de Lers (Massat – Ariège)

Lundi 27 juillet, nous quittons Auzat vers 8h. Le temps est un peu couvert. Nous montons vers le col de Saleix. Il y a un peu plus de 1 200 mètres de dénivelés à grimper. Au fil des heures, la météo devient de plus en plus mauvaise. Le crachin se transforme en pluie neigeuse. Le vent souffle en grosses rafales. Le brouillard s’épaissit. La montée est délicate, le sentier, boueux, la pente, très raide. Les chevaux peinent, nous aussi. Ils glissent et tombent à genoux à plusieurs reprises. Arrivés au col, à environ 2 000 mètres d’altitude, on ne voit plus rien à 2 mètres. Nous connaissons un peu la montagne et nous savons qu’une mauvaise météo peut vite transformer la situation en véritable enfer. Nous calmons les chevaux qui bien-sûr n’ont qu’une envie, c’est de descendre pour s’abriter de la tempête. Il faut prendre la bonne décision. Nous choisissons de téléphoner à un refuge que nous avions repéré sur la carte. Heureusement, il y a du réseau. La gardienne s’étonne de nous savoir là-haut. Pour elle, ça ne passe pas à cheval. Impossible de venir au refuge non plus car il y a des parties rocheuses exposées qui sont « cablées ». Elle nous indique un autre chemin pour descendre. Nous tenons aussi au courant de notre situation délicate nos amis, Jean-Louis et Christine Savignol, les éleveurs de Sultan et Rahan car ils doivent venir nous accueillir à l’entrée de l’estive. Nous descendons très prudemment et retrouvons assez rapidement un environnement plus hospitalier. En bas du col, il nous reste encore une dizaine de kilomètres le long de la route. La prudence est toujours de mise car avec le brouillard et les virages de cette petite route de montagne, les conducteurs nous voient au dernier moment. Nous arrivons vers 14h30 au pied de l’estive, trempés mais soulagés d’y être enfin. Nous montons la tente pour nous réchauffer et nous restaurer. Jean-Louis ne tardera pas à arriver, accompagné d’un couple de charentais en séjour au haras. Le moment est enfin venu…

Au fond nos chevaux ont rejoint le troupeau

Au fond nos chevaux ont rejoint le troupeau

Nous grimpons encore quelques minutes. Jean-Louis appelle le troupeau. Nous ne tardons pas à apercevoir toute la petite troupe. Le brouillard s’est estompé, la pluie aussi. Nous nous approchons à 100 mètres environ du troupeau. Jean-Louis nous donne le feu vert pour lâcher nos chevaux. Ca y est, ils sont libres! Etonnamment, Sultan et Rahan ne partent pas tout de suite rejoindre les copains. Ils restent un moment à nos côtés. Nous les encourageons alors à partir pour de bon. Ils finissent par s’éloigner au petit trot puis au galop. Quelques hennissements retentissent, le troupeau s’ouvre pour les accueillir. Le spectacle est vraiment beau à voir. Ils sont si heureux. Les retrouvailles sont rapides. On voit bien qu’ils se reconnaissent. Sultan et Rahan, ainsi que tous les autres chevaux du troupeau ne tardent pas à partir au grand galop, crinières au vent, queue relevée vers le fond de l’estive. Nous les suivons des yeux jusqu’a ce que leurs silhouettes disparaissent dans la brume. Un dernier hennissement retentit. Nous avons le coeur serré mais nous sommes tellement heureux pour eux. Au revoir chers compagnons…

Sultan avec Sophie à l'estime quelques instants avant a liberté

Sultan avec Sophie à l’estive quelques instants avant la liberté

Rahan savoure l'herbe qu'il mangeait ici il y a 5 ans

Rahan retrouve la bonne herbe des montagnes

Sultan et Rahan, nous voulons vous souhaiter bon vent les amis! Retrouvez votre liberté, rejoignez votre troupeau, profitez des vertes prairies des estives. Nous ne voyons pas de quelles meilleures façons nous aurions pu vous remercier pour tout les moments magiques que vous nous avez offerts pendant cette aventure. A nos petits noirs…. Merci pour votre générosité, merci pour votre force tranquille, merci de nous avoir enseigné tant de choses avec patience et d’avoir pardonné nos maladresses. Merci de nous avoir permis de vivre à vos côtés cette expérience forte. Vous avez été si valeureux. Nous sommes tellement fiers de vous. Et pourtant vous en avez vu de toutes les couleurs durant ces deux mois et demi. Vous avez franchi sans rechigner tous les obstacles même ceux que l’on pensait à tort infranchissables. Vous nous avez bluffé. Votre charisme naturel et vos beaux regards noirs ont été les initiateurs de la plupart de nos rencontres. Merci de nous avoir fait partager votre univers. Soyez heureux dans vos montagnes, libres comme l’air, crinières au vent. Veillez l’un sur l’autre. Notre aventure avec vous est loin d’être finie. Nous viendrons vous retrouver bientôt, vous pouvez compter sur nous. Nous penserons à vous chaque jour.

La liberté en vidéo :

 

Commentaires de Facebook

Commentaires du site

  1. segault
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    Un premier chapitre se referme et j’attends avec impatience la suite de vos récits.
    Sans flatterie, je suis surpris de la façon dont vous arrivez à nous faire voyager avec vous par les mots et les images. Vous écrivez super bien…

    • Pedro et Sophie
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      Merci Clément. Nous essayons de faire partager nos émotions car c’est aussi cela que nous sommes allés chercher.

  2. Max
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    Eh bien quelle première partie très riche en émotions!!! Déjà 3mois que vous êtes partis! Continuvous lirere comme ça c’est vraiment sympa de vousnlire et de suivre votre périple.allez ciao.Max

    • Pedro et Sophie
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      Merci Max! Tres sympa de nous faire un petit message. Comment va la petite famille? Biz

  3. FV
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    Une belle étape se termine, bon vent pour la poursuite de votre voyage. Changerez vous la musique des vidéos???amicalement

    • Pedro et Sophie
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      Bonjour François
      Merci pour ton message. Nous essayons d adpter la musique à l’ambiance chaque jour. Malgré tout on garde le jingle. Qu’entends-tu par changer la musique nous sommes preneurs d’idées de montage
      Amicalement Pedro et Sophie

    • Pedro et Sophie
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      Salut Laurent, merci pour ton message. On a pris quelques jours de repos avec nos familles (pyrenees puis normandie). Nous prenons l’avion pour la Nouvelle Zelande le 18 aout. Nous devrions nous lancer dans la deuxieme partie de notre aventure fin août. Nous zllons traverser le pays a pied en totale autonomie sur 3300km du nord au sud sur le 3eme plus long sentier du monde « le Te Araroa ». Ce periple doit durer environ 5 mois.
      Merci de tous tes messages et commentaires. On est heureux de partager tout cela avec vous.
      Amitiés

  4. Christian Nathalie
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    Un petit bonjour de Christian et Nathalie ,rencontre simpa sur le camping de Lordat ou nous avons passé une soirée agréable avec vous on espère que votre fin de parcour vers l’étang de Lers c’est bien passé .

    • Pedro et Sophie
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      Bonjour les campeurs! Merci de votre message. On n’oubliera pas cette sympathique soirée d’ août a Lordat. C est justement pour ces belles rencontres imprevues que nous apprecions tant de voyager. On espere que vs avez passe de belles vacances. Nous nous reposons un peu avant de reprendre la route. Prochaine etape: la Nouvelle Zelande. A bientot sur le blog
      amities
      sophie et pierre antoine

      • christian Nathalie
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        Reposé vous bien,profités en, on vous suivra pour le reste de l’aventure
        Christian Nathalie

  5. Bruno
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    Bravo a vous deux pour cette très belle première partie de voyage. Une aventure unique que vous avez vécu à 4, c’est vraiment beau 🙂
    Continuez vos récits et videos c’est top !
    Biz a vous 2.
    Bruno

  6. BORIE CHALARD
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    Je me joins aux commentaires élogieux. Bravo à tous les 4! C’était très beau la vidéo avec les chevaux en liberté!
    Grand plaisir à vous suivre et j’attends avec impatience la suite!
    Nicole

  7. Kia Ora de Brenda et Bernard.
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    Un petit bonjour et Kia Ora de Brenda et Bernard. Nous espérons que vous apprécierez notre beau pays et restent sûres et heureux comme nous l’avons vu vous aujourd’hui. Vive les bleus, mai ils arrivent en deuxième place dans la Coupe du Monde de Rugby !

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