Du 01 au 07 avril : La Cordillera Apolobamba 75 km

Où l’on tutoie les sommets

Nous quittons La Paz vers El Alto afin de prendre le bus en direction de Charazani. Notre objectif est de traverser la Cordillère Apolobamba entre Charazani et Pelechuco. Ce parcours de 75 km promet de belles incursion dans des villages de montagne et des paysages verdoyants. Chaque jour, nous emprunterons un col à plus de 4 700 m d’altitude et nous devrions même atteindre le plus haut col de Voyage En Marche à 5 100 m.

Charazani

Charazani

De la Paz à Charazani : Pas facile de sortir des sentiers touristiques…
La veille, nous avions pris soin de nous renseigner sur les horaires et le lieu de départ. Cependant à notre surprise à 6h du matin, aucun bus ne part du Terminal del Norte à La Paz. Les Boliviens, chauffeurs de bus, de minibus ou simple passagers nous proposent leur aide. Le conseil est simple : « Prenez un minibus vers Achacachi. Là-bas vous croiserez le bus qui va vers Charazani car le chauffeur s’arrête pour déjeuner. Vous devriez y être à temps. » Nous sommes un peu déboussolés. Il faut dire qu’au terminal de minibus, c’est le rush. Les chauffeurs annoncent les départs à coup de klaxon, leur second crie les villes étapes et destinations. Une cinquantaine de minibus sont garés dans tous les sens. Les vendeuses de pain, de saltenas et autres friandises interpellent les passants. Le jour se lève à peine. Le terrain vague, qui sert de gare routière est à moitié innondé. Nous devons trouver absolument notre minibus pour partir. Je me sens un peu oppressé entre toutes ces sollicitations. Finalement, nous tombons sur un chauffeur qui se rend à Charazani au milieu de ce capharnaüm. Il nous conduit là-bas sans soucis. Sur place, les commerçants et passants de la rue nous rassurent, le bus va passer d’ici peu. Ouf, soulagés !  Dans la rue, nous faisons l’objet de toutes les curiosités. Après quelques présentations, les commerçants nous interrogent sur les motifs de notre présence. Nous leur expliquons notre projet de traverser la Cordillera Apolobamba à pied. Ils s’inquiètent sur nos moyens pour s’alimenter, se loger, s’orienter et vivre dans la montagne pendant plusieurs jours. Nos interlocuteurs concluent souvent nos discussions en constatant que nous venons visiter leur pays dans des zones qu’ils ne connaissent pas eux-même. Ce n’est pas la première fois que nous recevons cette réflexion. Comme eux, nous ne connaissons pas toujours bien notre pays. Doit-on vraiment partir loin pour voyager? Notre expérience en France nous a prouvé le contraire, même si c’est toujours un peu plus exotique de s’éloigner un peu. Comme prévu, le bus pour Charazani s’arrête pour la pause. Le chauffeur nous accepte dans son bus déjà complet. Nous passons 4 heures assis à même le sol dans l’allée centrale avec une jeune Bolivienne qui se rend aussi à Charazani. Le voyage est épique. nous sommes remués dans tous les sens sur une route étroite et cahoteuse qui serpente au dessus du vide. Nous arrivons néanmoins sans encombre et nous installons notre bivouac au pied d’une rivière dans un fond de vallée baigné de soleil. Il est déjà 16h Ce long voyage a été éprouvant.

En marche vers Curvas

En marche vers Curvas

De Charazani à Curvas : Premiers essoufflements
La nuit est réparatrice. Nous nous mettons en marche avec enthousiasme. Le chemin traverse la rivière pour ensuite entamer une ascencion vers un hameau de l’autre côté de la vallée à 3 300 m d’altitude. Nous ne ressentons pas encore les effets de l’altitude. Le sentier continue à travers les champs d’avoine, de papas (pommes de terre) et les patûrages pour ensuite redescendre dans une vallée avant d’attaquer la montée vers Curvas. Nos premières rencontres avec les paysans du coin peuvent être très distantes comme très chaleureuses. Certains sont affairés par la récolte des pommes de terre, d’autres accompagnent leur troupeau de brebis. Ils s’approchent parfois pour discuter quelques instants. Ils nous disent que la production n’est pas très bonne cette année, que le soleil n’a pas été au rendez vous. En montant vers Curvas, nous sommes rapidement pris d’essoufflement. Le coeur se met à battre assez fort, l’influx sanguin cogne dans la tête. Nous devons ralentir. Cette situation inconfortable fait remonter des doutes sur notre capacité à parcourir ce trek en haute altitude. Sommes-nous suffisamment entraînés? Le sac n’est-il pas trop lourd? Après cette première montée un peu pénible, nous sommes heureux de trouver à Curvas une petite auberge pour nous accueillir durant cette première nuit à 3 700 m.

Vallée aménagée par les paysans

Vallée aménagée par les paysans

Culture en terrasse

Culture en terrasse

Ruelle du village de Curvas

Ruelle du village de Curvas

Curvas

Curvas

Maisons traditionnelles

Maisons traditionnelles

Plaine du village de Curvas

Plaine du village de Curvas

De Curvas à Athunpampa : Le chemin des guerrisseurs Kallawayas
Notre sentier part sur les traces des guerrisseurs pré-colombiens Kallawayas. Ce peuple détient une connaissance importante dans la pratique de la médecine traditionnelle. Itinérants, ils parcouraient la montagne en vue de soigner ses habitants. Kallawayas signifie « celui qui porte des plantes sur le dos ». Ces médecins énigmatiques étaient tout aussi craints que respectés. Leurs pratiques ancestrales s’appuient sur le principe que la santé est un juste équilibre entre l’esprit et le corps de l’individu, le tout en relation avec son environnement naturel et social. Il existe encore aujourd’hui des représentants de ce peuple qui se déplacent dans la montagne au chevet de leurs patients. Le chemin des Kallawayas descend vers une rivière pour ensuite remonter en direction de Athunpampa où nous pensons bivouaquer. En route, un groupe de jeunes garçons gardiens de lamas nous interpellent et nous demande si nous avons des chocolats. Plus haut, une jeune femme accompagnée d’un jeune enfant nous propose des vêtements artisanaux en laine d’alpaga. Nous partageons nos pommes. Cette partie de la montagne est densément habitée. Encore un effort et nous trouvons un magnifique spot abrité d’un grand rocher pour planter la tente. Notre première nuit à 4 000m. Ce soir, nous rêvons, les yeux sur l’horizon, la tête dans les nuages.

En marche vers Athunpampa

En marche vers Athunpampa

Lamas

Lamas

Bivouac abrité

Bivouac abrité

De Athunpampa à Incacancha : Sous la brume
Ce matin, le soleil a percé les nuages quelques instants, juste le temps d’admirer la vue. Les vestiges du chemin des Kallawayas nous guident vers notre premier col à 4 500m d’altitude. En haut, la brume s’accompagne de petites gouttes d’eau. La température a franchement baissé. Nous accélérons la marche. La veille, un indien muletier nous avait annoncé que le temps était très stable et que nous n’aurions pas d’eau… Nous redescendons rapidement en vue de trouver un lieu pour monter notre tente. Les ruines d’une ancienne batisse et de son corral en pierre feront l’affaire. La vallée d’Incacancha devait nous permettre d’apercevoir le mont Ancohuma et ses crêtes enneigées. Le sommet joue à cahe-cache derrière un épais manteau de brume.

Premier col à 4600m

Bivouac à Incacancha

Bivouac à Incacancha

De Incacancha à Sunchuli : Les milas curvas
La nuit a été froide et pluvieuse. Nous nous reveillons un peu groggy mais la brève percée du soleil illumine la magnifique vallée sauvage d’Incacancha. Le bivouac vite replié, nous partons en direction des milas curvas (les milles virages). Le chemin remonte depuis une prairie vers le col qui se grimpe à travers un gros pierrier en réalisant de nombreux lacets. La pente est raide et difficile. Nous montons les 800 m de dénivelés et arrivons au col, dont la vue est malheureusement bouchée par un nuage. Une petite descente puis nous remontons rapidement vers un second col à 4 900 m en direction de Sunchuli. Le terrain a changé. Les vertes étendues ont laissé place à de la roche pilée et nous apercevons de nombreux campements de mineurs. La vie est dure par ici : on cherche de l’or sous la montagne dans des conditions particulièrement rudes. Les explosions de dynamite raisonnent dans la montagne. A Sunchuli, nous sommes un peu étourdis. L’altitude et l’effort nous donne quelques maux de tête. A 4 700 m, nous posons le bivouac afin de nous reposer en espérant que les coups de marteaux qui raisonnent dans notre crâne cessent avec le repos réparateur.

Bivouac à Sunchuli

Bivouac à Sunchuli

Un bon thé

Un bon thé

Vallée glaciaire de Sunchuli

Vallée glaciaire de Sunchuli

De Sunchuli à Hilo Hilo : Le plus haut chemin de voyage en marche
Encore une fois ce matin, le soleil nous réchauffe. Nos vêtements et notre tente sont secs grâce à son rayonnement. La nuit a estompé notre mal de tête. Nous traînons un peu au petit déjeuner ce matin. Au loin, nous apercevons le col de Sunchuli à 5 100 m, notre objectif de la journée. Pour le rejoindre, nous traversons une vallée glaciaire magnifique. L’ascencion emprunte ensuite une piste caillouteuse en lacets. Tranquillement, pas après pas, nous approchons du col. Plus l’altitude augmente, plus nous ralentissons pour éviter que les maux des hauteurs nous reprennent. Ca y est! Nous y sommes. Le vent souffle d’une vallée à l’autre. Juste le temps de jeter un coup d’oeil des deux côtés et nous redescendons vers Hilo Hilo afin de trouver un endroit ensoleillé pour déjeuner. La route traverse le village de Las Piedras. Ce hameau traditionnel, toujours habité, est constitué de petites maisons de pierres adossées d’un petit clos également en pierre pour héberger lamas, alpagas et moutons. Les toits de chaumes sont réalisés à partir d’une herbe jaune qui pousse ça et là. Le tout forme un magnifique ensemble, ecosystème harmonieux avec ses animaux, la rivière et les petites parcelles de terre arable.

Jeu de reflets

Jeu de reflets

Après le col de Sunchuli 5100m

Après le col de Sunchuli 5100m

Univers minéral

Univers minéral

Enclos traditionnel de pierres sèches

Enclos traditionnel de pierres sèches

Les lamas de Las Piedras

Les lamas de Las Piedras

Attention lama!

Attention lama!

De Hilo Hilo à Pelechuco : Un dernier col pour la route
Ce matin, nous avons changé d’exposition et à l’aube, le soleil ne dépasse pas les cimes qui nous entourent. Pour la première fois, nous petit déjeunons à l’intérieur de la tente où il fait un peu moins froid. Nous nous remettons en route vers le dernier col de cette traversée de la cordillère Apolobamba. La route s’enfonce dans la vallée pour rejoindre les traces du chemin des Kallawayas. La montée est interminable, elle nous paraît presque plus difficile que celle du col de Sunchuli. Nous avons hâte d’arriver et nous commençons à imaginer ce que va être notre soirée. Nous savons qu’il y a quelques auberges à Pelechuco. Nous rêvons de douche chaude, d’un lit et d’un repas composé de n’importe quoi d’autre que du riz ou des pâtes. Arrivés sur la place du village, nous apercevons deux bus en partance pour la Paz. Rapidement, nous nous enquerons des horaires de départ. Ici, les bus roulent de nuit : départ à 18h ou 2h du matin. Oubliés, douche, lit et petits plats, ce sera à la place : poulet frit-frites à emporter et nuit agitée dans un bus ouvert aux quatres vents, sans chauffage. La cordillère Apolobamba fût un voyage magnifique au coeur des andes auxquel s’ajoute deux trajets en bus assez éprouvants qui furent déjà une aventure en soi.

 

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